Il est difficile d'entendre mes paroles si je parle en silence. Je voudrai retrouver l'image floue de la ville quand je regardais par dessus ton épaule. J'ai tant cherché tes yeux du regard. C'était le 17 avril dans un train de Paris à Clermont.

J'anticipe la suite en commençant par me débarrasser de l'idée de garder des souvenirs de Beaumont. On ne garde pas des souvenirs comme on collectionne des timbres. Les odeurs ne sentent rien sur le moment. Les lumières sont invisibles. C'est quand on songe à ce qui va changer qu'ils se gravent discrètement dans un lieu de stockage tenu secret et dont seul la nostalgie détient la clé.

L'exil et le recul pour se préparer dans l'anonymat de l'étranger. C'est en Bretagne que je suis parti le temps de Panorama, pèlerinage musical incontournable à Morlaix. Sur la digue à Carantec, j'ai longuement pensé au vide et à la marée.

Et puis Londres. Les images défilent aujourd'hui et les souvenirs reviennent. L'exotisme est une faveur que nous nous accordons pour apprendre à regarder le réel. C'est pour ça qu'il faut parfois regarder le familier avec une certaine distance.

En avril, j'ai compris pourquoi les vignerons aiment la photographie en taillant ma vigne. C'est un rapport au temps égal et distordu. Il faut connaître le passé et anticiper le futur dans l'instant. C'est juste un peu plus long.

Je sens que tout se disperse autour de moi. Il est bon de se rappeler dans ce cas que tout n'est qu'une question de point de vue. Photographier c'est aussi regarder un peu au dedans de soi, mais discrètement, sans se le dire. Une photographie est silencieuse. Tout se tait, seuls les souvenirs l'habitent.

 

— L'ALBUM D'AVRIL 2011 —

 

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DONNE LE LA !
Connan Mockasin — Faking Jazz Together
Henry Goes Dirty — Get My Kicks
Danton Eeprom — Give Me Pain
Metronomy — The Bay
Cold In Berlin — Total Fear