JULIEN MIGNOT — PHOTOGRAPHE

24 janvier 2015

AUTUMN 2014

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Et puis les petites fissures que l'on porte comme autant de parures, craquellent. Les âges tombent, des lambeaux de cire escamotent des anglaises qui ne pendent plus qu'à un fil. Le silence de l'eau frémit. Et tout arrive. Sans compter. Sans crier, le train hagard pousse les fantômes de demain et cantonne le passé sur des rails insécables. C'est par la tranche que la vie passe. C'est dans des palaces de poches que s'écroulent les châteaux espagnols. On braque des langues allemandes, on mijote des plats avec des cuisinières en chef, on peint sur soie sous des draps de lins, on se déshabille avec style, et rien. La carcasse nue, ligne sur plan surgi du néant, de la cuisse et des ronds dans l'eau pour figer la douceur. On compile des mots côte-à-côte, on fabrique des cages thoraciques pour comprimer le pouls morne d'une pulsation contée qui s'emballe. Et la toux se bloque. Chassés les démons chastes d’un revers de la quinte. C’est le retour au goulot de rasades vitales qui tremblent en se déversant droit dans le corps. Je devrais m'arrêter et me dire tout bas ce que l'on ne doit plus s’écrire dès aujourd'hui.

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Les inondations allaient bon train dans le sud. Les torrents mus sur des rails emportaient tout sur leur passage. Les panneaux, les véhicules, les buttes, et charriaient aussi parfois des corps. Plus de saison. Les calendes sonnent le rappel moins que le ciel atone qui baisse à vue d'œil. En entrouvrant les rideaux ce matin, j'ai constaté qu'ils n'occultaient que partiellement la lumière fragile qui ne perçait pas. Une lumière blanche ou au moins très pâle rasait le sol et touchait le ciel déjà bas d’un horizon déjà proche, c’était la nuit le jour. L'air était chargé de particules qui annonçaient l'épaisseur de l'hiver. Le froid enroule chaque corps et fissure chaque vêtement mal braillé en glissant des lames sur la peau. La bise claque les joues sans prévenir.

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Le son qui m’a rassuré par-dessus les cliquetis de la pluie, c’est celui des notes légères du briquet Zippo que Benjamin dégaine comme un médecin son stéthoscope.

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Ce que je retiens de l’automne, ce sont des formes et des perspectives qui ondulent vaguement et tremblent même parfois comme on frissonne quand le froid s’empare des chaires. Le mercure se jouait de la gravité, et c’est moi qui grelotait en essayant d’ajouter des couches intérieures, de parfaire l’isolation en imitant l’oignon. Mais finalement j’avais mes raisons. J’ai passé des grasses mâtinées dans des placards germaniques jouant l’amant sans Margueritte. J’ai dormis sur des méridiennes d’équerre, il y avait dehors des vélos sans hirondelles et la nuit tombante, comme si l’azur n’était qu’une cicatrice dont la mue en lambeau nous permettrait d’entrevoir le noir. Il y avait les températures indiennes qui offraient la chance de squatter le béton des passages comme refuge, comme défonce, comme base. L’automne se sont des bandes de bitume en pointillés enneigés qui témoignent d’une volonté de départ, mais je ne suis qu’un voyageur immobile. D’une virée tyrolienne je n’ai rien rapporté qu’un vibrant violoniste chauve accompagné d’un cymbaliste. Le reliquat capillaire était coquet, long. La fripe du frac casait la caste et trahissait une prestance désinvolte. Autour, des manteaux plus longs encore étaient fourrés de nostalgie. L’élégance passée ne laisse transpirer que l’apparat. Et s'il en est qui garantissent encore un certain chic, ce ne sont pas ceux qui regardent mais ceux qui font. Les bons faiseurs. Les grandes maisons.

Puis les fêtes, petits écueils familiaux, sont arrivées, le froid, presque la neige, et mon échine, croisant sur la route, a crissé. Des croissants de lune étaient programmés pour le petit déjeuner. Le ciel, les couleurs rentraient en raies dans mon fort intérieur. L’automne est à nuancer.

- les images -

 

//Dense \\

 

The Crystal Ark – Rhodes

The War on Drugs – Red Eyes

Jorge Ben – Take It Easy My Brother Charles

Sinkane – How We Be

Peaches – Take You On

Georges McRae – Rock Your Baby

DBFC – Leave My Room

Belle and Sebastian – Sleep the Clock Around & The Rollercoaster Ride

The Rolling Stones – Melody

Temples – The Golden Throne

Caribou – Can’t Do Without you

FKA twigs – Two Weeks

The Knife – A Tooth For an Eye

Prince – Time

Flavien Berger – Ocean Rouge

Jackson And His Computerband – Dead Living Things

The Turtles – You Showed Me

Don Paulin – Ananas

Roots Manuva – Baptism

McFadden & Whitehead – Ain’t No Stoppin’ Us now

William Onyeabor – Good Name

Steely Dan – Do It Again

The Antlers – Hotel

Tweedy – Wait For Love

Royce Wood Junior – Rover

I Love Makonnen – Tuesday (feat. Drake)

The Neighbourhood (feat. Raury) – War

The Smiths – This Charming Man

Lamont Dozier – Going Back to My Roots

Kwamie Luv – Comin Thru

Gilberto Gil – Palco

Jocelyn Brown – Somebody Else’s Guy

Was (not Was) – Out Come the Freaks

The Dø – Anita No!

Talking Heads – This Must Be The Place (Naive Melody)

Zebra Katz – Lst Ctrl

We Were Evergreen – Eggs

Bryan Ferry – Don’t Stop the Dance

Silk Rhodes – Pains

Lowell – 88

S U R A H N – Watching The World

Ephemerals – You Made Us Change

Booker T. Jones – Rent Party

Baby’s Gang – Happy Song

Crocodiles – Heavy metal Clouds

Jimmy Hendrix – Somewhere

James Brown – Public Enemy #1 Pt1 & Pt.2

Lee Morgan – Hasaan’s Dream

Ike Quebec – Loie

Blossom Dearie – Plus Je T’embrasse

Suicide – Dream Baby Dream

Quilt – Arctic Shark

Elvis Presley – Are You Lonesome Tonight?

The Beach Boys – Ballad of Ole’Betsy

Dean Blunt – Papi

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21 octobre 2014

SUMMER 2014

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Je remarquais le carreau de mes chemises s'éloigner de la mode, à une distance raisonnable de ce qui n'est plus mais qui adviendra.

L'été a commencé par une griffure, sorte d'échos aux brûlures affamées et autres morsures pré et post-printanières.

Quand t'es môme, une entaille, tu chiales. L'épreuve qui pique arrive ensuite, tu évites la plaie, soigneusement, tu inspires entre tes dents quand la goutte tombe à dedans. Ça cicatrise. Deux jours de pansements, mais attention, faut qu'il frotte nul part, surtout pas sur les vêtements. Puis faut que ça sèche. Et oui, tu vas toucher ce début de cicatrisation amorcée qui démange. Ca pique un peu, mais ça va tu gères. Et puis tu oublies cette méticulosité à cicatriser. Quand t'es grand, tu t'en fout. N'est-ce pas une manière d'apprivoiser la douleur ? Les cicatrices, ce sont un peu les étiquettes des classeurs à sentiments.

Les premiers échanges sont toujours inquiétants. Tout va bien. Tout est en ordre. Il est 2:42 pm, missive précise malgré les temps durs et les échanges…

Si loin du solstice d'aujourd'hui à Hackney, surplombant la ville brulante ; l'équinoxe avait été l’équilibriste au sommet de Petra. Le soleil avait plongé derrière la Mer Morte et le Wadi-Araba, comme pour saluer un rift africain teinté de pourpre. Un océan naissait silencieusement.

Peu importe l'endroit, nos petits imaginaires intérieurs sont encore plus inventifs que ce monde infini. Il n'y a de limite que celles que l'on nomme. Mon univers intérieur déglingue parfois la réalité. Ce que nous donnons quand nous échangeons, c'est la capacité de faire raisonner ces univers comme deux atomes crochus et lisses qui ne se touchent que pour réagir sans gravité et accélérer comme un catalyseur soufflant la suite. C'est un marque-page sur un page blanche pour écrivain en dilettante.

En juin j’écrivais beaucoup, des lignes sentimentales en forme de prix Goncourt moderne, surpassant les cœurs lourds. Un recueil de trois cent page sur le ping-pong, un match qui serait propulsé sur la pelouse, ouverture de Wimbledon. Sans jeu, sans cinq-à-sept, une romance ultime pour âmes symétriques qui écumeraient les bars en parallèle, prenant soin d’éviter la concordance pour ne pas se brûler dans le temps.

Mais le temps coule. J’en crois certains indicateurs indélébiles. L’histoire avait commencée sur Euston-Road. Entre un Eurostar et le studio de Peter Gabriel dans la campagne, depuis une autre gare. Par la fenêtre du cab qui m'emportait, j'ai entrevu la belle ligne, conduite par un anglais trentenaire en jacquard assorti Jaguar. Plus tard, le blue jean tout aussi assorti, avant mes trente années révolues, j'ai compris qu'il suffisait de rêver tout haut. Nous avons cette capacité inestimable et précieuse réservée à peu ici-bas. Né ici en Europe est un privilège silencieux que l'on oublie parfois tant il s'efface comme on l'éprouve. Un quotidien simple et évident quand on possède tout l'arsenal de la liberté.

Et me voilà le cul dans mon rêve mobile à songer immobile sur le bord du canal. C’est comme ça que l’été à commencé, avec des questions entre parenthèses qui s’étiolaient comme des points en suspensions. Des ponts suspendus, coupés, et des lianes pour les remplacer. Je suis resté longtemps stationné une fois parqué. Comme dans une série américaine où le crime va arriver. J'écoutais Chet **ker. Pas de fake, Bak' et ongle les notes glissaient dans les enceintes et dans le confinement confortable de l'habitacle. J'avais remonté le canal en cabotant. Arrêt musical sur les berges pour contempler l'onde qui ressemblait à cet intérieur fragile. Des similitudes flottantes. Entre l'eau et soie. Surface douce et pourtant si lourde la nuit quand on arpente seul le seuil, on se prend à penser que l'on peut marcher dessus sans laisser de trace et se noyer dans l'air, branché sur des branchies artificielles.

 

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L'été est une sourdine.

Un mot en suspens qui traîne entre deux cumulus. Des points de suspension. Des dettes en relief qui marquent l'histoire. Année après années.

Cet été j'ai enfin compilé des playlist et réécouté des standards idéaux aux bord de piscines et de vallées sous le rare soleil français. Cet été j'ai appris à ne rien faire. Cet été j'ai appris à reprendre le temps de lire. Cet été j'ai regardé passé mes émotions de la tête au bide, oscillatoire. Spectateur je regardais comme le vent tournait autour tentant de comprendre comment on aime et pourquoi l'amour. (A moins que ça ne soit l'inverse.) J'ai réalisé que je n'avais jamais aimé. Cet été j'ai avancé comme jamais. Cet été j'ai trouvé le grain de ta peau splendide, j'ai trouvé que bronzer pouvait contenir une vérité. J'ai trouvé que pleurer avait plus de sens que ce que je pensais. J'ai trouvé des amis d'amis plus qu'amicaux. Cet été j'ai trouvé.

 

///////////

 

Je suis allé Gare de l'Est chercher des cigarettes. J'étais déguisé en rocker sombre et noir contre le temps, filant comme l'ombre d'une ombre sur les trottoirs d'août plus vides que jamais. Un temps d'automne sur la ville vide.

Dans la gare, des amoureux, des clochards célestes, des gens hagards à quai, des errants cheminant ailleurs, des cheminots qui sortaient, mouillés, des sentiers battus sous la pluie battante.

Le vendeur a esquissé un pas de Tango et il m'a tendu tanguant un paquet neuf.

J'ai bien regardé les arches en sortant. Comme la fille baissait la tête et me regardais de biais, la pluie s'est penchée, j'ai remonté mon col, droit, ajusté, pour balancer. J'ai fait déraper le blister du carton, récupéré une tige bien plaquée dans le paquet plein que j'ai aussitôt planquée.

Le bec le silex la taf la courbe fumeuse d'un fog, j'aspire lattant lentement à la première taffe. Entre l'index et le pouce on saisit le filtre par le dessus, la main, auvent de fortune pour sèche sous drache sévère. Je marchais sur l'eau à l'horizontal arpentant la grève de bitume. Superman aquatique, je pilote automatique, je ne sauverai pas le monde, mais si seulement j'épargne ma peau, sous mon cuir, je m'en sortirai déjà bien. C'est maintenant que tout commence.

 

///////////

 

Je regarde les toits, ça me tue. Vendeur de meuble à la sauvette, je sauve les meubles immobile, j'essaie de dire d'un trait ce qui ne tient pas en dix lignes.

 

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C'était ce soir dans la rue.

Un dialecte africain comme on prononce tout haut des incantations pour une vie qui fait pop. Popu. Populaire. Dans la rue, à même le sol, un murmure rampant qui s'agrippe, grippe la nuit, des grappes de tirants. L'aorte, la carotide, dispersées aux quatre coins du X comme des billes de mercure qui dégringolent quand le thermomètre se fend de ne plus donner la température. Une perf. Romance sous X. Né de rien, équation à deux inconnus. Une somme nue d'insomnie m'accapare sur des estrades qui promettent une vie en rose.

Je voudrais avoir 10 ans et chanter "allo maman bobo", un bob vissé sur le front. Populaire. Viser au lance pierre des Canadairs étincelant et des feux de paille brulants. Cramer les sens au troisième degré. L'essence en éveil. Le clic cloc des pendules, des médiums de pacotille balancent et sonnent two o'clock. L'été s'achève, la boucle dort, le Prince s'acharne, goûter de rentrée dans un cartable en toile Lafuma, presque un Tan's tanné qui assume l'école buissonnière.

Avoir le goût de l'autre dans sa bouche et ses boucles dans les mains. Figure éternelle pour grands enfants qui cherchent le refrain.

 

///////////

 

Et puis j’ai écrit ça :

 

« Il n'y a pas de bruit, la vallée, c'est l'Ibie. Loin de tout, on se retrouve parfois un peu trop proche de toi. J'ai laissé pourtant les affres des pensées pansement sur le rebord de la fenêtre. Une chambre. Le soleil dormait sur la terrasse. Des engelures d'aubes dorées après une journée trop pluvieuse descendue du Massif. Nous lézardions, mon cœur se fendait. Et le soleil s'est caché. Je suis rentré ma coucher. Comme tu n'aimes pas le ciel vide tu es rentrée à ton tour. Tout est tombé. Le soleil s'est pointé rond dans le ciel azur. Tu balbutiais. J'haletais comme on reprend son souffle après une apnée. Le soleil est près de nous. »

 

et puis une déclaration universelle pour moi comme pour toi qui commençait comme ça :

« Ça commence toujours la nuit. La dernière cigarette, la Gitane qui remplace la Craven brune implacable aux heures tardives. Quand le piano clapote sur des pages de sons calmes. Que surgissent les fantômes amadoués par la pénombre. On commence par Faillir être flingué (c’était mon roman de l’été).

 Et, après ça, mes mots à moi. Pas d'emprunt, le parfum délicat qui surgit après la pluie. Celui qui te tape direct dans le tarin connecté qui te fait surgir l'émotion comme une brise. Celle que t'as pas vu venir. Pas d'arbres autour pour se planquer, pas de feuilles qui bruissent juste avant la bourrasque. Ecoute, c'est tout. (…) »

 et tout s’est tut.

 

C’était l’automne en chemise, l’été indien sans le sioux, les méandres au long court qui reprenaient leur cotation brutale.

 Mais autant l’été est le cimetière de mes amours, autant l’automne est le creuset des aventures. Je pars.

 

— Les images en cliquant ici —

 

//Auto-Radio \\

 

Prince - So Blue

Pulp - Razzmatazz

Metro Area - Miura

Matthew Dear - Honey

Ned Doheny – Get It Up For Love

Browning Bryant – Liverpool Fool

Jessica 6 – In The Heat

Sylvan Esso - Coffee

Sisyphus – Lion’s Share

Jagwar Ma – Come Save Me (Pachanga Boys Jagwar Pawar Version)

Leonard Cohen – Waiting for the Mirale

Carly Simon – Why

Adam Green - Casanova

The Raveonettes – Young and Cold

Jungle – Lemonade Lake

Poliça – Wandering Star

Parson Jones – Make and Model

Saint-Michel – Bob & Making Love & Climbing

Fantasia – Without Me (feat. Kelly Rowland & Missy Elliott)

Nick Waterhouse – Ain’t There Something That Money Can’t Buy

Sly & The Family Stone – Just Like a Baby

Craft Spells – Breaking the Angle Against the Tide

Avril – Burning Peacocks

Gramme – Too High

Funkossol Beats – Party Line

DENA – Cash, Diamond Rings, Swimming Pools

Queen – Cool Cat

 

 

 

 

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06 juillet 2014

SPRING 2014

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Le moment, ça ne se passe pas en un instant. J'étais bien cet hiver sous ma couette en lin, à en oublier presque soi. Je serai bien resté là, débarré, la fenêtre ouverte, débraillé à regarder l'avenir se dessiner par des courbures d'avion sans réaction. Et puis non. Des montagnes d'oscillation sentimentales avaient conclus à l'opposition de phase. Les phrases étrangères ne favorisent pas la concordance des temps. Mais ça n'est pas facile pour autant et Roissy fut mon Orly. J'étais Elle dans la chanson de Brel, la larme en embuscade. J'avais en tête cette image où elle court sur la plage, de dos. Elle n'aimait pas les photos. J'ai regardé ce petit point partir, sans Audi, sans mari. La suspension n'a pas amorti le choc, et la première pluie nocturne et estivale fut fatale. Rincés, nous avons laissé tomber les gouttes et nous avec, délavé le reste de souvenirs que nous nous sommes appliqués à peindre en sombre, perdre l'éclat puis balayer ce qu'il reste, ainsi, sans remords. Le plan a fonctionné.

 

Juste avant, le retour d'Amman s'était précipité. Je regardais par la fenêtre du bar TGV le paysage dérouler. Atterrissage aérien et décollage terrestre, à peine touché terre je repartais. Je n'avais pas pris le temps de regarder ce mois passer. Il était une sorte d'incise dans ma vie dont seules les photos témoignaient. Des sites touristiques comme unique pose dans un programme dédié à produire, qui furent des oasis silencieuses ou des cours miraculeuses dépourvues d'intimité.

Depuis des convois entiers de remise en question sont passés par là, lancés aussi fort et précis que des incertitudes incisives et brutales. J'ai tenté de me situer sur une carte, mais comme le dit Tim Ingold dans sa Brève histoire des lignes, "La carte efface la mémoire". Je me suis alors endormis, et l'orage est parti.

 

Entre temps, printemps aidant, j'ai tenté de mater des jambes si longues qu'il s'agissait de kilomètres de vie en robe. Légèreté de mise. Prolégomènes : la conclusion. Pendant ces jours si longs à se lever qu'ils se fatiguent à s'étendre jusqu'au couché, les cieux mettent des lustres à tomber. Ils deviennent des plafonds capiteux et sombres qui s'étirent.

Et puis le temps s'est remis à défiler sur mon dateur de bureau. Bloqué en mars, comme rouillé sans eau. J'ai effeuillé les mois, laissé glisser les jours pour arriver à ce vendredi 13 juin. Et ils continuent de tourner depuis. Jours après jours. Sans bruit.

 

Ce beau printemps bien entamé était devenu une perspective d'été délicate. Des brûlures sur des plaies vives en guise d'ambre et d'estive. La fin c'est le cercle qui se boucle. A force d'accumuler ces anneaux en pendentifs lourds sur des cols trop courts, et bien que l'apparat rassure, je vais finir par agir, dessouder la spirale des aspirations programmées.

Je prends des mesures et avance désormais en boucles. L'abscisse, en X, progresse à chaque détour. La ligne de Rhumb est la courbe suivant laquelle on coupe tous les méridiens avec le même angle, une constance. Et j'ai cru l'apercevoir dans les lignes de cette main.

 

 

-la Galerie de photos ici-

 

 

// Souvenirs de capitaux \\

 

Capital Cities - Kangaroo Court

The Horrors - First Day of Spring

Fern Kinney - Baby Let Me Kiss You

Hot Chocolate - It Started With a Kiss

Timber Timbre - Curtains!?

Jazzanova - Believer

Asgeir - King and Cross

The Roots - You Got Me

De La Soul - All Good (feat. Shaka Khan)

Super Social Jeez - Things Went Down

Eels - Mistakes of My Youth

Elliott Smith - Satellite

Fink - Nothing is Ever Finished

Hot Natured - Physical Control

Kottonmouth Kings - My Mind Playin' Tricks On Me

Saint-Tropez - Hold On to Love

Misun - Coffee

Nadine Shas - Ville Morose

Nick Waterhouse - Sleeping Pills

Ry & Franck Wiedermann - Howling (Âme Remix)

Little Dragon - Let Go

Samantha Crain - Taught To Lie

Sly & The Family Stone - Who's to Say

Tame Impala - Feels Like We Only Go Backwards

The Limp Twins - Sunday Driver

The Swiss - Bubble Bath

Midnight Magic - Drop Me a Line

Unknow Mortal Orchestra - So Good At Being In Trouble

 

 

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20 juin 2014

HIVER 2014

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— Accès à la galerie en cliquant sur les images ci-dessus —

 


Décembre avait commencé sans un mot français. Il s'agissait d'onomatopées élancées. Des trucs très serrés qu'on partage sur des lits, allongés.
Au loin, la mer ; au près, au large. Partout. L'amitié aussi. Partout. Tout autour.
C'est aussi les inquiétudes des bilans et des perspectives qui s'annulent pour un moment dans des cabinets de médiums en Formica : un quarté dans le désordre qui traitait de l'année qui allait arriver. Il s'agissait d'un canal qui ne saurait être lacrymal, des crinières claires, des précisions tatouées sur le cuir de mes moleskine.

Je me suis laissé perdre volontairement dans le nombre de nuances infinies de cette mer sans bordure qui nous regardait depuis le lointain ; nous nus cachés derrière la fenêtre, ouverte en plein hiver, simplement pour entendre l'horizon lorsque l'on dort encore. Le temps coule avec l'égard des gouttes de pluie qui passent à travers le vent, avec impatience aussi. Dans cette délectation absolue et extatique qui donne à chaque instant la teneur de sa préciosité.

Les jours de voyage sont des lignes. Le temps relie des points. Il n'y a pas de temps perdu en les reliant. J'ai passé mon temps à contempler par le hublot des paysages figés par le vertige et l'altitude, comme si les mouvements prenaient plus de temps. Je veux dire plus de temps à se réaliser, plus de temps à nous parvenir. Comme l'ombre des nuages haut, doucement se muent les ombres de Kerouac et Fante, la couleur de Leiter qui dérive à l'Ouest, rien de bien neuf, des références faciles, mais une toile de fond fantastique le Grand Canyon vu d'avion.

Je n'arrive pas à me retrouver seul. Je me demande même si je suis trop vieux pour être curieux ? La réponse est non bien entendu, c'est pourtant maintenant et immédiatement qu'il faut retrouver le chemin de l'inconnu. Je suis perdu dans cette ville. Je ne comprends pas Downtown. Cette ville est vide, le cœur à l'air. Les gens se dispersent comme les boulevards s'allongent. La matière devient noire quand les étoiles s'éteignent, ce sont les employés qui quittent les bureaux.
La terre a bougé. Légers séismes personnels amortis sur l'oreiller. Ces réparations sensibles se transforment en substances indispensables. J'écris d'un bar près de Spring Street, la température est agréable pour un soir de janvier, la serveuse m'offre un tonic sans raison, une Peugeot 103 SP guidon bracelet et pot d'échappement Ninja carte noire vient de passer, madeleine motorisée d'une tendre enfance campagnarde. La vie est merveilleuse.

Le Pacifique est droit devant. Je fronce les sourcils à cause du soleil déjà passé à l'ouest pile en face, debout, sur la lèvres des vagues. Je suis un surfer de surface dur. Ma planche est mon banc sur la promenade qui surplombe le rivage. J'ai fermé les yeux. Bien plus longtemps que je ne le croyais. J'ai fait le point. En ouvrant les paupières, en short, une boisson vitaminée à la main, mes lunettes vissées sur le front, je me suis vu -ce fut furtif- américain. Une française, exilée insulaire, me voyait la veille en avatar importé UMP parmi des hypsters énervés dans un entrepôt bondé. L'habit, le moine défroqué, les pompes trop cirées, le short ajusté, mon Dieu! à quel sein me vouer.
A l'aise dans mon cuir négligé, je conduis sur Hollywood un rêve américain passager. Un film en direct projeté dans les méandres de célèbres drives par des phares blancs qui tournent en rond autour des virages.
L'autoradio passait Prince en boucle et Mickaël Jackson entre deux ou trois slow de soupe soul inconnue chez nous. Mes épaules se soulevaient en cadences propulsées par ce léger mouvement de bassin bloqué par la ceinture. Je pensais à un américain sur une route du Jura qui aurait surfé sur Nostalgie, de Dave à Michel Berger. L'exotisme n'a pas de frontière.

J'ai cligné, ça a duré, le cillement suivant était presqu'insulaire. J'ai vu le blanc laiteux du ciel à travers ces immenses fenêtres. Les gouttes étaient des taches ingrates sur la lumière immaculée, reflétant le sol avec gravité par une multitude de points sombres. Le vent soufflait, la tempête était Bretonne.
Un café, cette cuisine. Le clic clac de la pendule. Le feu et les chiens allongés sur les dalles lourdes en pierre, à l'abris du mauvais temps.
En Auvergne c'est un point sombre que la neige absorbe. La disparition graphique prémonitoire d'une histoire peu commode.

C'est sombre autour et dehors. Les spots disposés de part et d'autre de l'allée tombent ça et là sur des journaux entre-ouverts et des paupières concomitantes plutôt mi-closes. L'annonce nous parvient de ne plus bouger. 1-2-3 soleil aérien, nous survolons l'espace israélien. Je dispose dans ce siège d'un œil furtif et moyennement ouvert sur le journal de Tanguy. Il tient Le Monde. L'image illustrée représente un groupe de personnes luttant au bord d'un précipice. L'article évoque les remous de la presse et de Libération en particulier. Par empathie, je pense aux amis. Ceux des journaux, ceux des villages ici-bas. Puisse ce précipice n'être qu'infini pour ne laisser à la chute que la seule possibilité de rebondir.

Amman un mois, le printemps arriverait bientôt, dès mon retour, les fleurs des cerisiers japonais ne tarderaient plus à Sceaux même s'il pleuvait peu. Je conduirai le weekend par goût solitaire de la boucle ronronnante et délicate. Sur ces routes qui se réchauffent, en promenant ce fameux six cylindres anglais à vive allure avec un détachement certain, je m'interrogerais "mais où peut bien être la place du mort dans une voiture anglaise conduite sur une route française ?". Si quelqu'un dispose de la réponse…
Dans le doute, si las, j'opte pour la conduite adroite.

Soul toi!

Fleetwood Mac - I loved Another Woman
Ron Isley - Close To You (feat. Lauryn Hill)
Prince - I wanna Be Your Lover (Dimitri From Paris Re-Edit)
The Spinners - I'll Be Around
Deniece Williams - Silly
The Delfonics - La-La Means I Love You
The Valentine Brothers - Taste Of Your Love
Nightlife Unlimited - If You Know Better
Bobby Thurston - You Got What It Takes
Groove Theory - Tell Me
My Mine - Hypnotic Tango
Queens Of The Stone Age - If I Had a Tail
Todd Terje - Inspector Norse
Hercules & Love Affair - Painted Eyes (feat. Aerea Negrot)
Connan Mockasin - I Wanna Roll With You
Nu Shooz - I Can't Wait
Nicolas Jaar - Took Me Out Of The Dark Rain & Come n get it & Mini Calcutta
Missy Elliot - Work it (Nicolas Jaar Rework)
Snoop Dogg - Soul Plane (feat. Latoiya Williams) & Big Girlz
Young MC - Bust A Move






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12 février 2014

DECEMBRE 2013

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Boris from Bulgaria, king of everything.

 A chaque fois que je m'arrêtais au feu vers Chateau-Landon, je voyais cette inscription sur le montant du poteau tagué Tipex.

A chaque fois je m'inventais l'histoire de Boris. C'est grand d'être le roi de tout ; de le prétendre encore plus. Et le plus beau : je suis sûr qu'il était à la hauteur, Boris. Il transcendait tout. C'est pas grand chose d'être roi aujourd'hui. Spécialement dans les anciennes républiques socialistes dont la mélodie phonétique de l'auteur désignait l'accointance. La dérision me touchait. L'espoir en myriades s'échappait de ce feu tricolore. Il en résultait un feu sacré, sans artifice, tout à fait fissile pour désamorcer toute éventuelle difficulté en perspective. Et qu'il pleuve, qu'il fasse froid, que le soleil me tape dans l'œil, Boris surclassait la plèbe du trafic. Comme s'il avait besoin d'attester quoi que ce soit… quand on est roi, c'est de notoriété publique.

Boris t'es le roi de l'espoir, je t'ai imaginé en des milliers de possibles : avec un passif pas glorieux de petite frappe, en splendide et grandiose conquérant quotidien, délavé de tristesse sous un pont, ou bien rêveur éméché. A chaque fois l'histoire valait tous les happy-ends du Cinéma américain. Tu as inventé, Zorro du Blanco, les histoires à emporter.

Décembre était une sortie de virage. Plus question de toucher les freins, l'apex frôlé, l'accélération confortable presse le thorax, calfeutre le dos qui s'enfonce dans le cuir qui devient anatomique. Le cap est tendu, les hésitations sont passées. Il suffit de se mouvoir. Je me meus en train. Notant la litanie des détails inutiles contrastant avec cette perfection de trajectoire qu'on envie souvent au ferroviaire, je déraille un peu. Je regarde par la fenêtre l'automne qui s'étire, les lumières au ras du ciel qui allonge les ombres au sol, et la terre collante qui la cloue aux horizons changeants. Dans mon rétroviseur perpendiculaire, mon ombre me suit, j'ai le soleil devant. 

En décembre l'année se conclue, c'est une balise. Et moi j'entame des changements profonds. Des histoires avec des gouffres de doutes abyssaux au début, où on pense qu'un seul battement de cil semble pouvoir nous perdre définitivement aux yeux de cet autre si mystérieux. Ces histoires où l'on compte ses défauts. Ceux qui sont désolant car ils nous font ressembler aux autres. Mais à l'imparfait, le lisse altère. Nous espérons désormais quelques creux et quelques bosses jusque là redoutées qui percutent nos rétines atones, déjà vitreuses comme pour permettre aux larmes qui viendront sous peu sur la peau de mieux couler, sans une ride à laquelle s'accrocher. Dieu que les histoires de jeunesse sont fragiles.

 

C'est okay. C'est Half qui dit toujours ça. Et personne ne le dit comme lui. On se connait peu, mais je crois n'avoir jamais rien entendu d'aussi apaisant. C'est anodin. Ca sonne. C'est d'une évidence rare donc précieuse. Cette intonation est indescriptible. Alors il faudra arpenter Paris et le X pour l'entendre. Mais tout ce que je souhaite pour la suite est là. Je voudrais bien me dire, un de ces quatre, sans le voir venir, l'inflexion de ma petite voix intérieur empruntant l'adage concentré à l'auteur, c'est okay.

—  LES IMAGES SONT ICI  —

 

// allegro \\

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Years & Years — You & I

 

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18 décembre 2013

NOVEMBRE 2013

 

NOVEMBRE2013-029

 

NOVEMBRE2013-039

 

La vitesse. La lumière. Novembre. L'accélération fissile d'une année de plus qui plombe les tempes et teinte de gris nos bleus à l'âme.

Je lisais Sagan, La Vitesse. C'était à Berlin. C'est là que tout accélère.

 Novembre, ce sont des mirages froids. Comme il ne fait pas trop chaud, on y croit. Ce sont des portées infinies. Des lignes droites ponctuées de myriades, domptées de points dociles et courbes, les méandres bruts émotionnels de la vibration. C'est un mythe.

Menahem avait 90 ans et la salle Pleyel entière chantait joyeux anniversaire en chœur. Dvořák en quintet, quatuor de Debussy, nocturne de Chopin. Tout était là. De la musique qui sonnait pile l'éternité et tapait dans le mille d'une cible béante.

___________

 

C'est étrange comme en regardant ces étagères vides, j'entends l'écho d'une cathédrale qui résonne dans des interstices minuscules. Un écart entre deux livres. Un espace entre mes chemises alignées dans le placard. Le doux écho de la solitude, une peur apprivoisée. Une vraie panthère sombre et racée qui se laisse caresser. C'est la rançon de la tranquillité, les morsures quotidiennes de la réalité. Une griffure en parure, séquelle profonde de l’intrigue. Le témoignage fulgurant d'une cohabitation passée.

 

Les ondées descendaient les gradients vers la plaine. J'ai vu l'averse arriver. Le ciel sombre, les premières gouttes de pluie taper aux carreaux qui regardaient l'ouest. Statiques. Je suis resté là, en attendant l'averse à l'abri. Les cliquetis meublent maintenant le silence. Je regarde droit devant.

 

Et puis j'ai couru dans ces zones pavillonnaires chères à mon adolescence. Leurs clôtures arborées, ces parterres qui surpassent l'Amazonie en terme de densité végétale, plantés voilà quinze ans par des pépiniéristes s'ingéniant à rentabiliser chaque mètre carré en disposant çà et là de jeunes pousses inoffensives. Leurs réalisations précieuses ont maintenant surpassé le chiendent et le gazon. Combien de jours passés à le tondre ce foutu gazon qui complète le tour de la maison ? La bande de deux mètres qui jouxte le terrain du voisin et qui ne sert désespérément qu'à la tonte du dimanche matin ? La plupart du temps à la seule fin de se passer les nerfs. La détente suggère la tension.

___________

 

A l'aéroport j'ai laissé mon casque dans le sac. La musique de la ville suffisait. J'écoutais les annonces discrètes, les jingles sourds. Les appels du dernier passager dont on ne comprend jamais le nom. J'avais passé la nuit dans un sommeil qu'on ne veut laisser s'installer et qui menace pourtant de clore nos paupières sur le peu d'instants qu'il reste, convaincu que chacun d'entre eux est prêt à s'échapper à n'importe quel moment. Et nous avons raison. Tous ces moments, du premier au dernier, disparaissent avec le temps. Cette boule au ventre, nus sous les couvertures, tendus dans des positions aussi inconfortables que délicates d'attentions pour l'autre. Je ferme les yeux. J'oscille, je tangue. Il n'y a pourtant pas de mouvement. La rue est calme. Sa peau est nue. Je l'ai vue cent fois dans cette seule nuit. Pour l'apprendre un peu, par cœur, juste avant le départ. J'ai détaillé chaque odeur en dormant. Celle de sa nuque, là où son dos retrouve ses bras. Là, tout le long de ce flan sans fin. Je terminais sur les rotules. L'inventaire complet des oublis à prévoir. Je souhaite que rien ne s'échappe en arpentant des cartes invisibles qui se tracent ainsi, du dos, du creux de la main, passant sans cesse sur les mêmes repères comme pour en créer une habitude.

 

Le gris du ciel, la nuit, le matin. La faim qui disparaît. La langue me panique un peu. Trouver les mots justes.

Je n'ai pas fait de photo quand elle a regardé le jour gris à travers le rideau rouge de la chambre ce matin, ni quand, dans le jour tombant sur le séjour, elle se rhabillait avec cette maîtrise méthodique dissimulée et aléatoire qui la caractérise tellement bien. La lumière du nord traversait la seule fenêtre de la grande pièce, projetait les angles brillants du piano en des perspectives fuyantes qui s'échouaient sur sa hanche et ses jambes sans fin.

 

J'ai attendu l'altitude de croisière pour attaquer mon pain aux raisins. C'est le genre de décision qui s'intercale dans un flot continue de faits. Elle s'ajoute sur une bande horizontale qui défile comme le demi-paysage à travers la fenêtre d'un TGV. Puis j'ai dormi comme un skipper de vapeur. Prenant le quart et barrant aux étoiles, du bout des lèvres, en fumant dans mon sommeil sur cette mer passive de nuages inoffensifs.

___________

 

Un départ laisse des étagères vides et des petits tas bien rangés comme des fleurs plantées qui vont bientôt pousser. Le lierre grandit et l’on a oublié la terre qu'il dissimule à présent. J'arpente au pas de course ces pavillons de mes quinze ans et dispose ces souvenirs comme des chrysanthèmes sur des stèles déjà recouvertes. Là, devant le levant, des rideaux rouges, des méandres, des virages, le froid à pierre fendre. Une perspective hivernale qui, quoi qu'il en soit, sera un choix. Les avions décollent et se posent méthodiquement et sans raison.

 

 — LA GALERIE DE PHOTO ICI —

 

/// ode \\\

 

20 L 07 — John & Jehn

Good Friday — Coco Rosie

Crazy and Wild — Meshell Ndegeocello

My Kind Of Woman — Mac Demarco

I'm On Fire — Bruce Springsteen

Manhattan — Cat Power

Atlantis — John Forde

Rare Bird - Passing Through — Erol Alkan

Leave Me Alone — Ellen Allien & Apparat

100% — Chromeo

Baby Blue — King Krule

 

 

 

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29 novembre 2013

OCTOBRE 2013

OCT2013-001OCT2013-015

La nuit s'insinuait par la vitre entrouverte de la voiture. Nous glissions comme sur un bateau de ville dans Paris endormie. À chaque feu rouge, le moteur palpitait en cadence faisant frémir l'habitacle par semonces répétitives.

A force de rondes de nuit, petit à petit, le sommeil est parti. Le sable, la fatigue, évaporés dans les ténèbres des nuits pales de la capitale. Rien. Pas un rêve. Je dors sur des tables de jour. J'ai l'impression de fabriquer mes propres anxiolytiques en administration nocturne.

C'est étrange les ruptures. Tout se décolle peu à peu. Et pourtant on s'avoue d'un mot qu'on ne quitte jamais trop tôt.

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"Mes doutes sont sur le canapé". C'est ce que j'écrivais en parlant de la bibliothèque démantelée qui gisait là, les ouvrages éparpillés comme après un blast, laissant filer les émotions. J'avais tranché nos collections communes selon mes souvenirs. A la candeur de l'installation, visant l'éternité avec autant de certitude qu'un entrepreneur ouvrant une boîte de nuit fermée depuis six ans, nous n'avions rien annoté. Si c'était à refaire, pourtant, je crois que je ne changerais rien.

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Je me délecte actuellement d'un Teoz rénové. Je découvre. Une expérience. Le chien des douanes renifle mollement mon sac. Il n'a de stupéfiant pourtant que sa banalité.

Clermont terminus, j'arrive. La bise va être froide quand le marchepied va se déplier. Ici l'Auvergne. La nuit est plus sombre car les montagnes barrent le ciel, à l'est le soleil se lève déjà. J'ai fumé cigarette après cigarette pour consumer l'oxygène et occuper l'espace. Les feuilles qui s'accrochent encore aux branches tamisent le jour naissant. Même la pluie est grise. Elle roule vainement sur les vitres, la discipline de la goutte est grave. Des maisons bourgeoises isolées s'allument, ce sont des foyers. Quelqu'un boit sûrement un café.

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Et Berlin fut une aurore adéquate. Un matin, tôt. J'ai dormis tout habillé pour être sûr de me réveiller. J'ai trouvé un certain réconfort dans les doléances du chauffeur de taxi qui m'accompagnait à l'aéroport. La banalité contemporaine gomme les tracas. Je transpirais de sommeil. Vers la Porte de la Chapelle, des jeunes femmes, elles étaient trois, avaient ôté leurs talons, pieds nus, flottait l'insouciance automnale et urbaine sur trottoirs sombres.

 Je me suis réveillé dans une ville qui ne l'était pas encore. Croisant des noctambules égarés une fois le jour levé le long de la Spree. Julien enregistre des pièces françaises dans un immense hall radiophonique est-allemand. Une Sixtine sonore. Un piano planté là, un orgue massif.

La musique, le temps, le manque de sommeil, l'hémorragie émotionnelle serait imminente. Les nerfs cantonnent la fatigue et la tristesse sous la peau. J'ai pourtant cru crever un paquet de fois ce mois-là, blindant chaque intervalle de temps pour sauver ma peau. Il y a des semaines où l'on collectionne les écueils comme on enfile des perles. Des chapelets de chagrins, des fleuves tourmentés qui cascadent dans le tumulte quotidien.

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Le 27 octobre. Lou Reed est mort. Je suis toujours à Berlin. Nous sommes dimanche. C'est le matin outre-Atlantique. Combien de jours me suis-je réveillé en écoutant Perfect Day, transformant ce quotidien en parenthèses ?

Je suis dans un salon de pianos aménagé dans un ancien dépôt de bus dans Wedding. S'empilent des pianos sans âge, sur le dos, sur le flanc, éventrés, désossés, des boggles d'histoires personnelles muettes contenues dans ces carcasses de bois silencieuses. Et dans ma tête, la mienne, muette, je me souviens du dernier jour du CBGB, de la lumière exacte dans Bowery, de ce que j'avais manqué et de ce que je voulais faire.

Quand on a découvert en soi une chose qui ne mourra pas, la seule chose qui jamais ne nous abandonnera, il devient délicat de confier à qui que ce soit le soin de le remplacer.

 

— EN IMAGES ICI — 

 

// requiem \\ 

Perfect Day — Lou Reed

Night Walk — Dirty Beaches

Clair de Lune, Mozart — Menahem Pressler

My Song 5 & Don't Save Me — HAIM

Even the Water's Cold — !!!

Ratchet — Bloc Party

Reach Out — Georges Duke

Fresh — Summer Camp

Hey Now & Sights — London Grammar

Human Being — Cat Power

6 feet Beneath the Moon (full album) — King Krule

I Dream in Neon — Dirty Beaches

 

 

 

 

 

 

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26 octobre 2013

SEPTEMBRE 2013

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Ca s'est écrit comme ça. Comme une feuille qui chute sans la bourrasque qui la rattrape. Je n'ai rien vu venir Je me tenais pourtant encore droit en Crête. Le temps passait doucement.

Nous - je l'écrit encore - avions échoué dans une taverne sans nom à deux pas des touristes pressés, mais en dehors des guides. C'est la piste la plus nue qui nous avait amené là. C'est un morceau de nul part.

Le rez-de-chaussée est un supermarché. Le patron tient la boutique. Souvenirs, matériel de plage, eau, sodas, cartes postales, glaces, nécessaire de plongée, transats et parasols. L'étage est le restaurant. Une surface en adéquation avec les températures, plus de terrasses que de bar. Sous le auvent des tables, le vent est fort le soir quand les températures baissent légèrement, une brise catabatique descend des cimes, c'est ce souffle qui donne l'heure.

A l'intérieur un billard américain doté de néons. On aperçoit les oliviers, juste là en bordure de plage qui se fondent dans le sombre marin avec le dégradé du soir. Des rochers ricochent en pointillés pour clore la baie. Le relief balbutie la chute.

Un italien en casquette semble seul, sans doute un ex-barbouze en trek. Un truck du Camel Trophy est garé en contrebas, il abrite un couple de néo hippies qui baroudent, serviettes quotidiennes au vent sur le fil tendu du réservoir à la balançoire. Des enfants jouent. Les touristes partent tout juste après avoir profité des derniers rayons. Le vent se lève de nouveau, il balaye le reliquat des derniers estivants pressés et attise les braises du couchant qui tombe derrière à pic à flan de falaise. Des phares balayent un semblant de jetée. Mes cheveux se comblent d'embruns et de brise.

L'étage est réservé aux chambres. Le corridor qui les dessert est calme. Une odeur de vestiaire de football de province propre tempère la moiteur marine qui remonte à cette heure-ci.

Le calme cadence les humeurs. Nous contemplons la mer de Lybie, déjà noire.

La brise de terre se tait finalement. Il est trop tard pour que d'autres clients arrivent. Il sont quatre à terminer leur repas. Un couple et les sœurs du mari, sont attablés. Ils attendent à merveille. Ils n'attendent rien et attendent parfaitement. Ils sont d'une sympathie métronomique. Des voix montent au-delà du dégradés qu'éclaire encore le néon de la superette, on ne peut distinguer à quelle distance elles se situent, ils pourraient bien être sur l'autre versant, leur position dépend du vent.

La mer rejoint d'abord la terre. Puis le ciel. L'obscurité gomme tout. La température s'égalise, le vent et les pressions s'organisent, c'est la nuit à Preveli.

 **

"Plutôt de disperser nos forces sur nos points faibles, concentrons-les sur nos points forts. Colonel de Gaule, vers une armée de métier, 1934." C'est une résolution. C'est Montebourg qui l'a cité depuis son bureau, en interview.

 **

Nous sommes rentrés. Dehors, c'est gris comme l'automne en novembre. Les arbres ont encore des feuilles et nous, l'espoir d'une belle journée. L'influence lumineuse de ces semaines plates nous mine. Ses larmes sur la vitre d'un train coulent à l'horizontal. Je devrais tirer le frein automatique, mais la sirène m'alarme. J'ai passé les vacances à dégainer des galets et tenter d'en dégommer une ou deux en passe de s'échouer. C'est le palliatif du ricochet. Ça n'a pas marché. Ces sirènes-là avaient pourtant la vraisemblance d'une hallucination.

 

— LES IMAGES ICI —

 

••// Bande Originale \\••

 Ms, Matilda, Dissolve Me — Alt-J

Falling — HAIM

Ela Partiu — Tim Maia

Stay Awake — London Grammar

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14 octobre 2013

ETE 2013

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Comme une rengaine acérée, un refrain sans couplet, l'été s'était teint en une aurore brune et glacée.

Ca a commencé par Arles. Les Rencontres Photographiques, la douce ambiance volontaire qui oscille entre la bienséance prégnante et docile de la promotion personnelle et la dilettante salutaire du Casanis qui dévale les pentes du forum. Ici je revendique ma fonction de photographe au sein de la multitude tout en étant unique et perdu au beau milieu de ce biotope homogène. Le vrai point était de représenter la Jordan Family sur les écrans de la Nuit de l'Année. J'oscillais toujours mais entre être ému, et, un peu, fier.

 

***

 Paris/Bastia

Tranquillement je débarquais, saluant mon homonyme de commandant de bord. Le soleil n'avait pas eu le temps de tomber complètement. Il s'était échoué sur un tapis de nuage rose soir. Je traversais le hall du minuscule aéroport passablement ; allumais un clope et marchais d'un pas tranquille et détaché sur le parking, moi, mon bagage léger et mon avance sur la multitude patientant pour des valises estivales.

Le calme. J'ai ouvert la portière de la voiture. Une odeur dense de magnolias boisés, trace de la chaleur de plomb qui avait sans doute régné sur le parking et sur l'anglaise, s'est échappée. J'humais, je fumais les premiers chariots roulaient sur le parvis sous le soir naissant. C'était un matin après une nuit d'ivresse et d'averses, mais à l'envers. J'ai un rictus, c'est presque snob. Le commandant Mignot m'avait rappelé mes origines à contre courant et j'aimais ça.

 

Le soir est tombé. Lentement. Comme le bitume qui défilait tel un tapis d'aéroport. La route de Solenzara transpirait des fantômes de chaleur. La forêt s'adossait à la route. La nuit recrachait des embruns maritimes de nacre qui s'échouait sur des rives vertes et sombres.

Je suis arrivé dans un village inconnu. Je me suis parqué le long de la route principale en contrebas des terrasses en promontoire. J'ai monté les marches. Le bar entier s'est arrêté. J'ai allumé une cigarette comme mon père m'avait appris pour s'abriter du vent et de la vue en Algérie, en cachant la flamme de l'allumette. Je me suis senti un très court instant l'Etranger de Camus.

Installé je commandais une bière. La route tranchait ces deux remparts qui se faisaient face. De l'autre côté, les bars des touristes. L'altérité sensible passait plus haut, en Corse et en arabe, des pleins et des déliés de gauche à droite. J'ai noyé la lune au levant dans mon demi et je suis parti.

 

 ***

 Sperone regarde les Lavezzis, entre les bateaux depuis les villas. Les bateaux au courant regardent à leur tour les villas. Un balancier pendulaire qui s'active pour passer le temps.

Je n'avais pas vu de ciel sans horizon depuis des lustres. Ici, systématiquement les embruns noyaient la limite, et la mer d'huile débordait sur le ciel dense et mou qui ne touchait plus terre.

 Il y a eu ensuite la lettre sur le bateau. Une lettre longue comme je n'en avais plus écrit depuis que j'avais rompu l'été de mes 16 ans. Je l'adressais d'abord à moi-même. Ensuite c'était une bouteille à la mer pour l'Auvergne et une hypothèse. En l'écrivant je m’émouvais du phénomène basique du soleil qui, si le bateau garde le cap, le dépassera de toute façon.

 

***

Paris/Bayonne

 En m'installant dans le wagon, j'ai tout de suite repéré cette famille (maman, deux fils, deux filles en bas âge) qui s'installait. Nous étions sur un modèle classique se revendiquant plus du bordeaux et du fût de chêne que l'indépendantiste basque pelote sous le bras.

Nous étions dans le cliché parfait. L'un des boy-scouts piaffait. Le comique de situation n'était pas loin.

Ils étaient donc cinq à loger. Pas trop compliqué au vu du format des rejetons. Mouvement vers un carré de quatre qui n'est pas leurs places réservées. Le grand intervient : “Nous n'allons pas, maman, être dérangé après le départ“. Petit short, le cheveu raz très soyeux, haleine Frosties, chaussettes vertes kakis dans chaussures bateau, lunettes épaisses, joues roses. Je le fréquentais déjà au catéchisme, il était en aube dans le chœur pendant la messe. Il n'avait pas vieillit d'un iota. Il existe des styles intemporels.

Il prend très à cœur son rôle intérimaire de chef de famille en devenir. 13 ans mais un sens aiguë de l'observation et du mimétisme autoritaire.

Il ferme la marche en passant la porte après avoir logé les bagages dans l'inter wagon. Elle se referme sur son pied. Il passe une jambe, la porte attaque l'aine et finit par happer l'épaule. Grimace. Je sens que toi, mon gars, t'attaque bien ta journée.

Déballage de sac, les frangines hurlent, la mère agite les bras. On sent qu'un certain respect casanier s'étiole en dehors du domicile.

Erreur de placement. La mer s'est trompée de voiture. Le chef de cordée a les joues qui passent du rose au rouge. Il boue, sa mère est à bout. Il se retient.

Marche arrière gauche. Passage de wagon. Il a retenu la leçon. Et précède sa sœur en lui disant qu'il va porter ses affaires. La déferlante hydraulique de la porte est fatale. En pleine joue. Un carnage à la sauce aime ton prochain comme toi même. Faute Patrick ! L’enfant de chœur ajoute qu'on aurait dû l'écouter. Le serre-tête maternel ne fait qu'un tour, la main un aller/retour. Tout le monde chiale. La dévote m'émeut. Le courage a fuit, la contenance avec, la baffe est partie. Elle me touche dans cet abandon instantané, presque fragile. Pour la peine et la gifle ce sera trois rosaires à confesse. Je pardonne l'enfant, le salue sur les genoux, il lit Jules Vernes, une joue rouge, l'autre rose.

***

Paris/Morlaix

 Ils sont arrivés presque en retard à la gare. Il y avait sa grand-mère qui l'accompagnait. Ils avaient le même menton qui s'avançait, prospectif.

Le garçon avait le cheveu blond paille, encore mouillé de la douche matinale ou de la pluie sans fichu qui tombait à flot ce jour d'août. Il savait bien que sa Mamie le regardait juste là sur le quai quand il s'est installé en face de moi. D'un regard en coin qui répondait au mien, il a remarqué mon attention. Ça l'a rendu gauche. Il disait "Mais bordel arrête de me regarder". Il me le disait à moi, assis juste en face. Il lui disait à sa grand-mère, sur le quai.

Maintenant installé il regardait vers le bas en implorant le départ. Accoudé à la fenêtre, il faisait semblant de ne pas voir la paire de Geox plantait sur le quai et préférait regarder ses pieds.

Il était à l'âge où l'on décide sans le savoir, dans un secret intérieur solitaire, d'un destin à peine balbutiant que l'on ne nomme même pas du bout des lèvres.

 ***

Un vieux couple déjeune sur l'une des tables aménagées de la rive. Tout est calme. C'est un lac pour série noire. Une retenue. Des eaux profondes qui plonge comme la vallée se prolonge. J'ai repensé à ce que disait Marie hier soir : "Le barrage arrête les orages". Elle traduisait la parole des vieux du coin. Le ciel à moitié nuageux témoigne des dires : le ciel est bleu au nord des eaux sombres. C'est l'été. La haute saison. Tout est calme et sourd. Une onde sourde. Une variante fissile du calme. Une harmonie pour orchestre de chambre acoustique. Des rires sonores éclatent pourtant des tables voisines. Le couple se demande si le vieux saucisson est terminé. Il n'y a personne pour ainsi dire. On entend le roulement des voitures sur la rive d'en face.

Tout est calme. Une quinzaine de bateaux flottent dans le faible courant. Des bosquets naissent ça et là. Ils semblent mourir déjà en poussant. Un rondin, radeau sans rame, s'est échoué. J'entends la forêt respirer. Tout est calme comme un 15 août. C'est le silence qui aplatit les eaux sombres. Tout est calme. Le crime serait perpétré avec une pierre lourde sans angles, frappant droit la nuque. Pourtant tout est calme. C'est un souvenir radieux d'une jeunesse perdue à écouter le silence qui meurt comme le temps passe.

 ***

 J'écris d'une aire d'autoroute. J'ai souvent roulé chargé d'émotion dans des paysages déserts. Le retour des aoutiens perturbe la situation et me confronte à une intériorité proche du néant. Je suis cette fois le désert. Sec et sans larme. Un besoin immense de sérénité dans ce tumulte ambiant. Je ne suis pas capable de le quitter.

 ***

Je pense de plus en plus que j'envisage la vie comme une multitude de scènes successive. J'ai la sensation d'avoir une trajectoire très précise vers un objectif inconscient que je soupçonne mais dont je n'ai absolument aucune perception réelle. Vieillir c'est prendre conscience de cela. De prendre le risque de perdre cette candeur innocente qui était un guide jusqu'à présent et d'empoigner cet idéal instantané pour le plonger dans la réalité. C'est un risque pragmatique qui absorbe une part d'imaginaire. Mais peut-être pas d'imagination.

  

— LA GALERIE DES IMAGES ICI —

 

/// GOOD VIBES \\\

 

Images de future (l'album)— Suuns

Sparks — Moon Duo

Welcome To Japan — The Strokes

Instant Crush (feat. Julian Casablancas) — Daft Punk

Sleep With the Lights On — The Wanton Bishops

Down on Serpent Street — Poni Hoax

She Will — Savages

T.H.M. — Deerhunter

I'm Coming Out — Diana Ross

O Caminho do Bem — Tim Maia

Can You Handle It — Sharon Redd

Sleepwalker — Moon Duo

 

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28 septembre 2013

JUIN 2013

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Trou de mémoire. Peu de photos. Pas d'écrits. Une vague idée de musique. Quelques traces comme une persistance retienne absolue et solaire. Je devrais en connaître un rayon et rien ne vient. La chute d'Icare est en marche, dissolue dans une masse de souvenirs absents. Ils résident sous une couche glacée, figée que je retrouve habituellement dans ces images qui n'existent pas.

Juin en bloc, le danger nié comme un virage aveugle en plein Blizzard.

Il est temps de faire le point. L'été arrive à grands pas. Trop vite. Il faudrait des lustres pour décomposer ce mouvement incessant, le balai des bilans qu'il faudrait conclure, des plans qu'il faudrait tirer de tiroirs rouillés. Je navigue à la frontale en embrassant des montagnes, en déblayant quotidiennement les affaires courantes qui cavalent comme Usain Bolt et Emile Zatopek réunis. Je ne suis pas coureur, au fond. Ce qui m'arrive, c'est un rêve que l'on fait au ralentit. Je croyais disposer d'un été pour me réveiller. C'est définitif, les solstices dissonent le glas.

 

—   LES IMAGES DU MOIS SONT LA —

(cliquez ici)

 

\\ :: Requiem :: //

 BLIZZARD — FAUVE

 

 

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15 août 2013

MAI 2013

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Le printemps est d'une lenteur infinie. Le ciel est mou et gris et bas. La lumière ne vient pas. Tout le monde ne parle que du temps et quand on n’en parle pas il pèse de tout son poids sur le moral en berne de nous, pauvres petits parisiens épuisés en manque de sérotonine.

Comme les dépressions successives, qu'on ne distingue pas, nous, terriens, mais que la consultation assidue de la météo en période de crise nous l'affirme, la parenthèse viendra de l'ouest. Pour prendre de l'avance j'ai fuit en Bretagne, sur la plage de l'Ecluse, face à Saint-Malo, la mode, les goélands, Dinard me voilà.

 Cette dérive de fin de semaine c'est ce que je retiens de mai. Une sorte de folklore stylistique rompant avec la griffe saisonnière.

Le temps fut plutôt clément. Le soleil n'avait pas encore chauffé le sable ; et il n'y a rien de plus déroutant qu'une plage froide. J'ai cru voir des étendues presque namibiennes, les combinaisons de peau étaient brillantes sur le sable clair.

Le reste du mois j'ai écouté des musiques pour hiberner dans le confort intérieur de soi, un peu immobile, en hochant du menton comme un rocking-chair vide sous une lumière tout à fait chaude et filamentaire.

 

 

—   LES IMAGES DU MOIS SONT LA —

(cliquez ici)

 

\*/ Boîte à Musique \*/

 

Sur la planche — La Femme

Thinking of You — Sister Sledge

The Glow of Love — Change

Still Sound — Toro y Moi

8 November — Amatorski

Hands — Neve Naive

Space Is Only Noise If You Can See — Nicolas Jaar

Let the Spirit — Roots Manuva

The Great Gig In the Sky — Pink Floyd

Genius of Love — Tom Tom Club

The Border — Fred Frith

Trying To Be Cool — Phœnix

 

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13 août 2013

AVRIL 2013

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C'est d'Amman que j'écris.

Il n'y a pas la place d'écrire. Il n'y a pas de place pour faire de photos. L'espace manque autant que le temps. C'est le champ nécessaire pour établir des plans qui fait défaut.

Pourtant, je contemple souvent la ville depuis Webdeh le matin tôt avant de partir. Quelque soit la lumière, quelque soit la distance à laquelle apparaissent les collines d'en face, le même sentiment m'envahit. Je prétends à chaque fois puiser un hypothétique bonheur qui est une illusion ; l'exotisme ne procure que des mirages. Je devrais plonger dans la ville, j'en suis incapable, pétrifié par le soleil qui projette des fantômes comme des ombres sur ce voile de béton qui me regarde. Le murmure de la ville et les appels successifs à la prière sont le chant des sirènes. Je préfère rester assis, sanglé par des inquiétudes passagères qui m'assurent une immobilité parfaite.

Et puis les sirènes se sont tues. Elles se sont mues en silences intérieurs. Je suis parti. J'ai suivi des traces comme on traque des odeurs. J'ai touché les frontières, le Jourdain, seul fleuve de la taille d'un ruisseau, dont la largeur détermine la distance qui sépare Israël de la Jordanie. Le Yarmouk, au nord, qui recueille les pluies du Golan qui le domine coule fort. C'est pour effacer les traces d'une guerre toute proche et encore fraîche. L'accès au fleuve est permis. Le calme est presque dérangeant.

J'ai fait demi-tour, je me suis terré dans des mers de sable en roulant droit devant. Le travelling latéral qui aurait pu enregistrer cette course m'aurait scruté en pointillés. Les dunes alternaient avec ma voiture japonaise medium size. Les châteaux omeyyades et les oasis me tournaient le dos. Je regardais pourtant la route bien en face, et je crois que pour la première fois j'ai saisi ce qui échappe à la facilité de l'inconnu. Il y a deux possibilité, ou je commence connaître ce pays ou bien je progresse dans l'osculation minutieuse de l'interprétation du réel. Dans les deux cas, c'est une bonne nouvelle.

 

— LA GALERIE DE PHOTO —

 

// Appel à la prière \\

 

In Dinawerke — Tova Ben-Zvi

Shoot Shoot — Stuck in the Sound

Teardrop — Massive Attack

Retrograde — James Blake

Big Love — Fleetwood Mac

One Girl / One Boy — !!!

Für Hildegard Von Bingen — Devendra Banhart

Jubilee Street — Nick Cave and The Bads Seeds

On the Beach — Chris Rea

 

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24 juin 2013

MARS 2013

MARS2013-07- MARS2013-28-

 

Vous êtes ici.

C'est réconfortant de savoir que nous sommes là. Juste là, sur ce point précis.

C'est ce que dit le plan, la carte.

C'est ce que disent ces images.

Vous n'étiez pas là. Mais vous êtes ici. Nous y sommes ensemble. Même si le temps n'est pas synchrone. Vous regardez ce qui a bien pu rentrer dans le cadre à ce moment là.

Ce mois-ci ce sera le Vésuve et Naples. Une mer large et étendue dont les vagues qui tempêtent nous rappellent un océan, le large sur les côtes s'étend.

L'imaginaire napolitain m'a rattrapé, la mer, le volcan, j'ai failli trouver ma patrie en regardant l'horizon.

On quitte des lieux comme on quitte quelqu'un ; avec les promesses de la prochaine fois et les aléas du temps qui s'écoule déjà ; et comme une vague sans condition qui ne murmure pas je reviendrai mais je reviens. Déjà.

Le ressac est un couplet infini de maux qui s'agrippent, c'est-à-dire qui se touchent et s'accrochent, s'allongent sur ce divan infini que procure la contemplation de l'élément qui nous surpasse.

Un écran à plat pour regarder passer le temps. Pour lui donner sa mesure ; sentir la durée d'un instant. C'est vague tout ça et un peu facile, dit comme ça. Mais à chaque fois ce spectacle m'inspire les choses simples et évidentes qui me traversent et se couchent là devant.

Dans le ciel, les avions tracent des lignes parfaites qui dérivent ensuite doucement. La trace se fond dans le ciel sans cicatrice.

En train, les champs de blés longent les voies ferroviaires dans la Limagne. L'emprunte des machines agricole est visible. Ce sont des lignes elles aussi. Sans doute aussi droite et sans dérive que celle des avions ci-dessus en perspective. Mais le champ est plan et docile, idéal et sans griffure, il ondule dans le vent calmement. La trace n'est visible que dans l'axe. Comme les plantations forestières qui clignotent droites et en diagonales quand on parcoure la bordure à bonne vitesse.

 

Le dernier aéroplane est passé dans le ciel azuré et vierge, comme un confettis égaré. Je me demande en circulant : manque-t-on à ce point de repaires ?

 

 — LES IMAGES DE MARS 2013 —

 

\//\  La band di Primavera  /\\/

 

My Number — Foals

Honey Dove — Lee Fields & the Expressions

Above The Clouds — Gang Starr Feat. Inspectah Deck

The Great Gig In The Sky — Pink Floyd

Genius Of Love — Tom Tom Club

Border — Fred Frith

In My Head — The Two

Thinking Of You — Sister Sledge

The Glow Of Love — Change Feat. Luther Vandross

Still Sound — Toro Y moi

Hands— Neve Naive

Come Home — Amatorski

Jubilee Street — Nick Cave & The Bad Seeds

 

 

 

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07 mai 2013

FEVRIER 2013

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J'ai trainé mes guêtres enneigées de pieds en cape sur des territoires sérieux : des jarretelles portées hautes et des embrasures de portes délestées. C'est là, qu'en un instant, tout fut blanc. Même la nuit d'alors y est passée. Plus de chats gris. Plus d’étoile. Le ciel tombait dru en flocons.

A vrai dire, je le suppose car, au-delà les lampadaires, l'aveuglement du reflet immaculé en direction de la voie lactée ne permettait pas d'affirmer que le ciel existait encore. J'avais même plutôt la certitude qu'en bon terrien il était certainement sous nos pieds. La terre est ronde. Dieu merci!

 Dans le registre stellaire, j'ai appris que considérer consistait à regarder un astre. Le contraire, désidérer existe et contient le désir. Serait-ce que l'on ressent quand ce qui brille nous échappe, ne serait-ce que du coin de l'œil ?

 Battu en brèche par ces affaires sidérantes, je me suis essayé à la photographie documentaire. Enfin un sujet. Oostende. En un jour. Je le colle dans ma rubrique mensuelle ceinturée par des noirs et blancs très flous et vaporeux, pour voir comment ces images vont agir entre elles.

Ces images plus construites et nettes sont agréables à réaliser : on a déjà l'impression lorsqu'on déclenche de voir l'image encadrée. Mes marottes quotidiennes au Leica ne ressemblent jamais à ce que j'ai vu. Bien plus souvent elles sont l'expression de la trace de l'émotion ressentie.

 Il ne me reste qu'à vous adresser l'expression de mes considérations les meilleures.

  

— LES IMAGES DE FEVRIER 2013 —

 

\\\\ flonflons à la française ////

 

 Round About Midnight — Thelonius Monk

I Follow You — Melody’s Echo Chamber

Truth — Alexander

Dagger Moon — Chromatics

Taro — Alt-J

The Complete Knock — Blood Orange

Rose in the Vase — Motorama

Who’s Gonna Take the Weight — Gang Starr

Humpty Dumpty — Marc Moulin

Home — Wave Machines

Ladies — Lee Fields & The Expressions

Cigarette Duet — Princess Chelsea

Ice Disco — Velvet Condom

Can Be Late — Skip the Use

End of the Season — The Kinks

 

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03 mai 2013

JANVIER 2013

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 Coup de semonce et respiration précaire : l’année commençait, crapoteuse comme un temps normand d’hiver. Ça tombe bien nous y étions, au bord de la falaise, lovés sur les galets. Nous étions dans l’hiver jusqu’au coup. Je crois que si nous n’avions pas pris de bain de minuit le 1er janvier, les écharpes seraient restées nouées serrées ; transits.

 Nous avons pris le temps tout le long de la côte festonnée à gravir, repartir d’avant en arrière comme la mer qui léchait la bordure passagère et fugace des vagues qui se retirent. Ni le crachin maussade, ni le ciel trop bas n’ont eu raison de nous. L’année commençait en trainant, en s’attardant comme les pétroliers en face du Havre, version chill et moins virile. L’année commençait avec du temps. En soufflant. En respirant.

 On ne peut pas dire pourtant que ce n’est pas chargé comme histoire. La côte normande est remplie de détours et de références systématiques, de coups de semonce, de coups de canons, du canons des coudées au comptoir, de coups de blues, de coupes bleus dans l’anse des baies : le fleuve Jaune de Tigreville ; George, le regard qui braque encore la mer depuis Varengeville ; Malraux aux portes du Havre ; Duras sombre aux Roches. C’est un film. Et nous, nous tournions un remake en rond.

 Ça a marché ; nous sommes rentrés pétris d’amour fraternel et amical glané au coin du feu d’une maison trouvillaise. Les amis ne vieillissent pas. C’est d’ailleurs à cela qu’on les reconnaît. Nous gardons le même âge entre nous, et nous vieillissons discrètement en nous racontant des histoires.

 

—LES IMAGES DE JANVIER—

 

\\\ Playlist Alpine ///

 

My Number — Foals

In the Twilight — Alexander

In the City — Chromatics

I Want To Hear What You Have Got To Say — The Subways

Octopus — Syd Barrett

Passing By — Zero 7

Broas Daylight — Gabriel Rios

Wayfaring Stranger — 16 Horsepower

 

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14 février 2013

DECEMBRE 2012

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C'est en écoutant Sparring Partner, dans le silence ouaté de la belle de Browns Lanes, une cigarette qui fusait par la fenêtre que j'ai compris que c'était la fin de l'année. Le 11 décembre. Le ciel limpide et bleu de l'après-midi tombait en lambeaux flamboyants avec le couchant ; la Gare de l'Est était une terre rouge de cendres et d'effusions intérieures et je me suis dit pour la première fois de ma vie que les journées qui allaient rallonger bientôt était aussi pénibles que les nuits qui s'allongent à partir du solstice de juin. Drôle de pensée. La nuit est délectable à souhait ; longue, elle permet de parer à l'angoisse patente de l'aube quand les matins commencent trop tard ; elle nous donne l'occasion d'assister au moment précis du lever mitoyen de l'astre et de soi qui normalement est un raté chronique en été.

En même temps décembre est passé, grâce à son accélération chronique à l'approche des fêtes, tel un neutron moyen catapulté dans l'espace-temps par la magie de la nature.
Les fêtes sont devenues un Mont-Blanc en forme de buche : énormes et indigestes. En prévision, le mois commençait par un séjour dans les montagnes. Un jour, j'amenais le fantôme d'Alec Soth ou d'Eggleston sur le siège passager. L'autre je me demandais ce que pourrait bien photographier d'Agata, si seulement ces arbres étaient des culs, à moins que, tel l'Antéchrist, par son prisme, ça ne soient ces sapins qui finissent en séants.
C'est marrant d'ailleurs parce que j'ai pensé à ces photographes en fonction du matériel dont je disposais, pas par affinité particulière avec la situation. Jadis, je choisissais des appareils pour faire comme. Puis ils sont devenus miens. Ils sont passés de statut de corps-étranger à membre. Bienvenu au club.

Quelquefois, mes images sont trop floues. J'étais fasciné cette décennie par des photographes qui le cultive à bon escient comme Ackerman. Je suis parfois dans le flou parce que je me dis qu'ainsi une photo a plus de chance d'aboutir. C'est bien entendu une illusion. Mais elle se cultive, pour vérifier une hypothèse de jeunesse ; puis le net reprend le dessus à toute vitesse. Et je suis un peu déçu quand, de cette image lisse, rien ne transpire, alors que je tolère la médiocrité dans un flou parce qu'au moins il y a eu quelque chose de tenté, un essai pour prendre le pas sur le réel.
Finalement, c'est peut-être l'idée de faire rentrer au chausse-trappe plus de temps dans une image qui m'intéresse. Ce qui compte c'est de figer l'épaisseur qui cite la troisième dimension de l'image. C'est une manière d'expliciter cette voie intérieure qui ne murmure que du bout des lèvres d'indicibles dialectes communs. Et finalement le bon emploie, c'est quand on ne peut faire autrement. Il devient, ainsi, une conséquence.
En guise de bilan, depuis ce sommet de crème glacée, ce fut la réflexion en avalanche, des résolutions matérielles en somme. Il faut bien en passer par là pour libérer l'esprit et ouvrir la boîte de pandore par fractions de secondes. L'ultime luxe serait de ne plus penser à rien, le bruit deviendrait alors un silence central contenu dans l'obturation, l'instant serait l'arc invisible qui transpercerait les apparences. Autrement dit, il reste quelques pistes à dévaler.

 

—REGARDER LES PHOTOS ICI —

 

Chants de Noël

Ode to Viceroy & Freaking Out the Neighborhood — Mac Demarco
Truth — Alexander
Broad daylight — Gabriel Rios
End of the Season — The Kinks
When The Fight, They Fight — Generationals
I Can Only Give You Everything — Nick Waterhouse
Brand New Revolution — Guts
The Nightfly — Donald Fagen
High — Karl Schiller
La plaie de ton doigt (feat. Mme Douze) — Rubin Steiner
Form Of Intellect — Gang Starr
What Difference Does It Make — Standed Horse
When That Helicopter Comes — Andrew Bird
Long Journey — Allah-Las
Sugar Man — Rodriguez
Doo Doo Doo Doo Doo (Heartbreaker) — The Rolling Stones
Rock Monsieur — Christophe

 

 

 

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15 janvier 2013

NOVEMBRE 2012

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Pour ne pas trahir la trace de la pensée, laissée couchée entre deux pages de Moleskine, puisque je suis un peu comme tout le monde qui se croit si unique avec ce carnet banal, j'exhume des archives écrite en transatlantique aérienne entre deux eaux. Ledit carnet est plutôt de bonne tenue, il faut le reconnaître. Sobriété, qualité du papier, bon format : je l'avoue, j'en suis. Et ces lignes attestent de mon prétendue rôle d'auteur, à cette heure, perdu :

BO de circonstance, In a Sentimental Mood de Coltrane - le sax est l'avion, le piano les moutons et la batterie la mer, sans doute :
Juste en dessous, comme on regarde le ciel, se pressaient des escadrons entiers de pachydermes vaporeux infiniment destinés à conquérir l'est : mais où donc s'amassent les nuages en transhumance ? La tête en bas, le vol de jour fonctionne lorsque la pâture est bleue marin et les moutons éparses. Les perspectives s'annulent en altitude tandis que les latitudes s'allongent. Parfois la distance joue un tour presque immobile, le dessous prend le dessus, les nuages amphibies deviennent l'écume des vagues.
Si l'on présume que le voyage, c'est le transport du regard hors de son point de vue, la transformation est une raison qui surpasse la réalité d'une interprétation, une vision, une hypothèse du réel augmentée du si.
Les trains de vagues ainsi s'alignent à l'infini, semblent uniformes dans leur ensemble. Ils témoignent d'une désorganisation particulière lorsqu'on les observes de près, isolés de l'immensité. Sous moi ce sont des canevas usuels, des réseaux qui découpent méthodiquement ce chaos. C'est une digne représentation de ce qui paraît être la disposition la plus logique et la plus juste existante autour de nous.


Ensuite j'ai du lire Camus dans son Manifeste du Soir Républicain, jamais publié en ces temps troubles de l'Algérie d'alors mais que Le Monde avait alors exhumé récemment : "Un des bons préceptes d'une philosophie digne de ce nom est de ne jamais se répandre en lamentations inutiles en face d'un état de fait qui ne peut plus être évité." 

Je conclurai par cette autre réflexion retrouvée chiffonnée : "Les photographies sont comme de minuscules histoires d'amour. A chaque fois, il faut recommencer au début."

Ca n'a rien à voir. Mais il est préférable de rester ainsi légers tandis que nous n'avons pas encore atterris.

 

— REGARDER LES PHOTOS EN CLIQUANT ICI —

 

 

\\\ Playlist "Brows Lane" ///

Kindness — Gee Up (Erol Alkan Extended Rework)
Art Department — I C U
Breakbot — One Out Of Two (Oliver Remix)
Breakdance BOTY — Sahara 72
Fujiya And Miyagi — Sixteen shades of black & blue
Gian Franco Reverberi — Le Malizie Di Venere Seq. 2
MGMT — Siberian Breaks (Ed Banger All-Stars Remix)
Miami Horror — Make You Mine (Fred Falke Remix)
Piero Umiliani — Officina Stellare
Stevie Wonder — All Day Sucker
Tom Waits — Russian Dance
Crazy P — Open For Service (DJ Edit)
Kraak & Smaak — Fairy Falling
Malinchak — Beside Me (Original Mix)
New Order — Perfect Kiss
The Phenomenal Handclap Band — Give
That Work — Secret Lover
Black Strobe — I'm a Man
Selah Sue — Please (feat. Lo Green)
General Electriks — Little Lady
The Undisputed Truth — Ungena Za Ulimwengu (unite The World)

 

 

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20 décembre 2012

OCTOBRE 2012

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La dernière ligne droite de fin d'année ; un sprint final. C'était en octobre, quand on soupçonne que les fêtes et tout ce qui va avec arriveront tel un bobsleigh lancé à pleine vitesse sur la piste de La Plagne. Comme tout coureur, au fond, je regardais l'horizon avant de m'installer dans les startings blocks. Un œil, rivet de marbre, sur l'infini de l'océan. Ce mois fut un week-end à ne pas bouger et regarder la mer droit dans le vague. Je ne retiens que ces images.

J'ai dans la tête un tour d'Europe que je touche du doigt quand l'eau salée submerge mes souliers vernis imprudents. J'ai toujours eu l'impression que la conductibilité de l'eau reliait elle-même tout le territoire, voir même connectait le continent d'en face. De Cabourg je touche New-York, Montreal et l'Islande. Bizarrement ça marche moins bien avec Rio de Janeiro. L'inconnue n'a pas encore sa carte mentale bien dessinée dans ma tête. Mais cela viendra.

Et puis la frontière n'a plus court face à l'océan. Dès qu'on atteint l'horizon, on touche le suivant. Et si le miroir se renverse l'espace et le temps entre les deux devient une zone impalpable à moins de l'éprouver. Le Vendée-Globe cavale pendant ce temps là, dépasse Bonne Espérance et croise à mille nœuds marins du cap Leeuwin : j'écoute Canyons et Perth raisonne.
Tandis que Dumas devait préparer Suite pour le mois de la photo, les skippers affutaient leurs navires. Aujourd'hui je regarde ces points mathématique sur une représentation finie de ce qui doit paraître l'infini depuis le pont. Courir après l'horizon. Depuis le rivage, on ne regarde que dans une direction. La limite distingue un hémisphère, implique une frontière. Tant de question que je ne résoudrai pas. Comme photographier une vague, on ne peut attraper ces concepts ; c'est seulement quand la lumière les rends évidents qu'on peut prétendre les ressentir. Jamais les comprendre.

Nous les comprenons dans un ensemble dont nous n'avons une sensation, une idée. Et ceci est un prétexte à se camper là tel un mas et scruter. Il faut laisser les choses arriver, repartir, des ensembles de vagues, des paquets de mers en larmes de fond pour un aventurier du parquet.
C'est Deauville et ses lames et au fond, ça tombe bien.

 

— LA GALERIE DE PHOTO DU MOIS —

 

-∞- Chant des Sirènes -∞-

Paolo Conte — Sparring Partner
Baxter Dury — The Sun

 

 

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10 décembre 2012

SEPTEMBRE 2012

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La vache! Une rentrée calme comme le Cap Horn en plein hiver austral. J'écris de décembre où mon retard est aussi immense que les occupations successives qui m'ont échouées sur cette plage semblable à une bonus-track cachée, cette fois-ci du côté septentrionale de l'hémisphère.

Je reprends le film en avant. Il remonte la promenade des anglais deux fois à l'envers. En couleur à l'aurore en noir et blanc au couchant. Be kind, rewind. Mais que se passe-t-il si l'on brule un feu en marche arrière? 

Les passant filaient flous. Comme les arbres depuis la fenêtre des multiples trains des champs qui traversent la campagne comme une flèche évadée d'une arbalète. Je suis le carquois et je balance des mois successifs à la rencontre de diverses comètes terriennes.

J'écume ces planètes plates comme des zincs pour faire fondre la pression. Ca marche. Que vais-je bien pouvoir faire demain que j'aurai décidé ? Mais n'ai-je pas choisi de lâcher prise et de me laisser faire ?

Je redescends doucement. Un interlude planétaire pour phobiques du caténaire s'annonce.
C'est chouette, je fais ce que je voulais faire ; mais, quel dommage, il y a toujours un décalage entre ce que nous voulions faire et ce que nous voulons faire.

 

— LES IMAGES DU MOIS —

 

**\\** // Grosse Caisse \\**//**

The Organ — Brother
Sonic Youth — Snare, Girl
Sibylle Baier — Forget About
Golden Boots — Bear Trap
Tarwater — World of Things to Touch & Arkestra
Stealing Sheep — Orelia
Alabama Shakes — I Found You
The Beta Band — Squares
Paolo Conte — Sparring Partner

 

 

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06 novembre 2012

ETE 2012

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Cette première nuit d'été fut infinie. Et tant mieux car à présent, après trente ans, je vieillis. Je ne photographie plus désormais que des personnes plus jeunes que moi qui ne sont plus que des enfants. Je ne fais plus que ce que je sais faire pour tenter de peaufiner la manière ; je balaie les automatismes pour retrouver toute la mise en danger nécessaire au renouveau qui souffle le sable qu'on retrouve déjà en ôtant ses chaussures de retour de la plage.
Nous grandissons, grandir veut dire, en code, bien planqué derrière l'illusion du temps qui passe, vieillir. Et il faut de plus en plus de confiance en soi pour engager le pas nécessaire pour avancer ; mais nous avançons sans entrave, quoi qu'il arrive. Et si nous chutons, c'est que ce que nous sommes seuls à nous prendre les pieds dans le tapis. Il faut être capable de se le dire.
Vivre avec soi, c'est bien là le problème. La seule présence d'une seule et unique conscience oblige à composer. Finalement l'autre nous tient le miroir pour réfléchir sur soi. C'est comme ça que nous reconnaissons les rencontres, sans un mot elles nous dictent l'indicible, elles nous racontent au creux de l'oreille ce que nous ne saurions raconter de nous-même.

Cet été c'était l'expérience des vacances. A deux. Partir, couper. S'arrêter. Nous avions choisis pour l'occasion un périple reposant : du cabotage estival en automobile de qualité. Novices en la matière, l'organisation de dernière minute autour du quinze août ne nous paraissait pas être un obstacle majeur. Après avoir changé trois fois de programme, de destination et référencé toutes les chambres hypothétiquement libres du pays-basques le quinze aoû en une après-midi, nous avons pu tirer plusieurs conclusions :

Les vacances commencent par un processus d'identification. Les vacances c'est l'inanition au sable dans les chaussures sous ultra-violet, regarder son voisin et se rendre compte à quel point nous sommes différents, comme tout le monde, pareils. C'est le moment précis où il devient nécessaire de tirer des conclusions intelligentes : s'observer à travers les autres, n'est-ce pas revenir aux bases de la photographie ? Question posée à l'aurore, évidemment, après une douche fraîche dans la pénombre et dans l'attente d'un breuvage apéritif adéquat. C'est alors que les nuances du soir impeccable que filtre le couchant quand il passe au travers de la fenêtre, entre-ouverte, sont encore plus lices que des ombres au soleil. Le moindre détail s'évapore à petit feu tant la chaleur persiste et traine dans la chambre maintenant sombre. Et la question n'est plus.
Le lendemain, nous prenions la route. Si je devais situer géographiquement ce périple qui tournait presque autour de la mer, ce serait entre le McDo de Guétary et un Relais et Château de Périgueux, une bicoque de Colioure et un chateau à Castet-en-Dorthe. A chaque étape, je l'ai vérifié, les vacances c'est apprendre à ne rien faire. Et comme ne rien faire revient pour moi à écrire, lire, photographier, manger et épiloguer à l'horizontale, les vacances ne changent rien. Les vacances c'est apprendre du temps pour soi.
Tout le long de la route, nous avons vaguement cherché des dunes. Une sorte de paradis perdu qui laisserait ainsi une chance au paradis retrouvé. Et elles sont venues à nous, nous étions alors armés d'une pizza. Bouclier de pacotille pour parer à une invasion dunaire inattendue. Nous l'avons finalement engloutie sur notre trône instable, face aux flots sereins et le phare du Ferret (NDLR : marquer le "è" dans la prononciation) nous faisait de l'œil.

Comme une sorte d'épiphanie au milieu de tout ça, et comme je sortais d'un bain de mer aux Salins, pour aller retrouver mon Leica protégé du sable, roulé dans une serviette étanche au fond d'un sac, le grand-père de Fanny m'a appelé "Capa". Il se trompait un peu, volontairement moqueur. Je me suis séché et mes négatifs sont intacts. Je ne serai jamais photographe au front. Mais l'évidence transpirait par tous mes pores une fois sec au soleil : je ne sais pas encore quel photographe je suis.

Les vacances apprennent aussi une chose précieuse : prendre le temps de tolérer la platitude camarguaise et landaise.
Cela arrive quand nous comprenons l'infini de l'horizon et le perpétuel des vagues. A ce moment précis, alors qu'on ne s'interrogeait au départ que pour une accointance suspecte avec le relief, tout change : il faudra passer son temps à retrouver ses goûts perdus. Envisager cette sensibilité à la raisonnance de ce qui nous entoure non plus comme une sensation mais comme une vibration induite par l'échos de nos questions d'enfant sur le tableau sombre et encore vierge de nos certitudes.


L'incertitude est une source de jouvence.


L'avantage, c'est que nous nous sommes reposés, mais nous n'en sommes pas certains.

 

— LA GALERIE DE JUILLET —

 

\\\ :: Bling-Bling ::///


Beta Frontiers — Hondo (feat. Becky Ninkovic)
Unsung heroes feat. Siah & Karime Kendra —The next degree
Gil Scott-Heron & Jamie xx — I'll Take Care of U
The Black Seeds —Wide Open
Diana Ross and the Supremes — Does Your Mama Know About Me
Electric Light Orchestra — Last train to London
Funky Divas— My Lovin'
Family of the Year — Psyche Or Like Scope
Fever Ray — Seven (RealDaniel Remix)
A Taste of Honey — Boogie Oogie Oogie
Phœbe Jean And The Air Force — Day Is Gone
Little Joy — Keep Me In Mind
Fugazi — Nightshop
Fanga — Natural Juice (feat. Isiah Shaka & Emma Lamadji)
Dr. John — Revolution
The Kingsmen — Louie Louie
The Girlsfriends — My One and Only Jimmy Boy
Malted Milk — Touch You
Léo Ferré — Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Petit Fantôme — Aujourd'hui c'est les vacances
Womack & Womack — Teardrops (Remix)
Ray LaMontagne — You Are the Best Thing
Tarwater — Across the Dial
Stealing Sheep — Shut Eye
Sammy Davis Jr. — Spinning Wheel
Tony Holiday — Tanze Samba mit mir
The Fatback Band — Wicky Wacky
Schiralli — Alive Toughts
Kool & the Gang — Summer
Quincy Jones & Bill Cosby * —Hikky Burr (Kikaid Kinfolk) & l'album entier 'The Orginal Jam Sessions 1969'
Alabama Shakes * — Hold On
Jack White — Love Interruption
Niagara — L'amour à la plage
Para One — When the Night (feat. Jaw)
Prince — When Doves Cry
Greg Street — Good Day (Island remix, feat. Nappy Roots, Beenie Man, Rock City)

(*) Hommage à Roger.

 

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