FEVRIER 2013
J'ai trainé mes guêtres enneigées de pieds en cape sur des territoires sérieux : des jarretelles portées hautes et des embrasures de portes délestées. C'est là, qu'en un instant, tout fut blanc. Même la nuit d'alors y est passée. Plus de chats gris. Plus d’étoile. Le ciel tombait dru en flocons.
A vrai dire, je le suppose car, au-delà les lampadaires, l'aveuglement du reflet immaculé en direction de la voie lactée ne permettait pas d'affirmer que le ciel existait encore. J'avais même plutôt la certitude qu'en bon terrien il était certainement sous nos pieds. La terre est ronde. Dieu merci!
Dans le registre stellaire, j'ai appris que considérer consistait à regarder un astre. Le contraire, désidérer existe et contient le désir. Serait-ce que l'on ressent quand ce qui brille nous échappe, ne serait-ce que du coin de l'œil ?
Battu en brèche par ces affaires sidérantes, je me suis essayé à la photographie documentaire. Enfin un sujet. Oostende. En un jour. Je le colle dans ma rubrique mensuelle ceinturée par des noirs et blancs très flous et vaporeux, pour voir comment ces images vont agir entre elles.
Ces images plus construites et nettes sont agréables à réaliser : on a déjà l'impression lorsqu'on déclenche de voir l'image encadrée. Mes marottes quotidiennes au Leica ne ressemblent jamais à ce que j'ai vu. Bien plus souvent elles sont l'expression de la trace de l'émotion ressentie.
Il ne me reste qu'à vous adresser l'expression de mes considérations les meilleures.
— LES IMAGES DE FEVRIER 2013 —
\\\\ flonflons à la française ////
Round About Midnight — Thelonius Monk
I Follow You — Melody’s Echo Chamber
Truth — Alexander
Dagger Moon — Chromatics
Taro — Alt-J
The Complete Knock — Blood Orange
Rose in the Vase — Motorama
Who’s Gonna Take the Weight — Gang Starr
Humpty Dumpty — Marc Moulin
Home — Wave Machines
Ladies — Lee Fields & The Expressions
Cigarette Duet — Princess Chelsea
Ice Disco — Velvet Condom
Can Be Late — Skip the Use
End of the Season — The Kinks
JANVIER 2013
Coup de semonce et respiration précaire : l’année commençait, crapoteuse comme un temps normand d’hiver. Ça tombe bien nous y étions, au bord de la falaise, lovés sur les galets. Nous étions dans l’hiver jusqu’au coup. Je crois que si nous n’avions pas pris de bain de minuit le 1er janvier, les écharpes seraient restées nouées serrées ; transits.
Nous avons pris le temps tout le long de la côte festonnée à gravir, repartir d’avant en arrière comme la mer qui léchait la bordure passagère et fugace des vagues qui se retirent. Ni le crachin maussade, ni le ciel trop bas n’ont eu raison de nous. L’année commençait en trainant, en s’attardant comme les pétroliers en face du Havre, version chill et moins virile. L’année commençait avec du temps. En soufflant. En respirant.
On ne peut pas dire pourtant que ce n’est pas chargé comme histoire. La côte normande est remplie de détours et de références systématiques, de coups de semonce, de coups de canons, du canons des coudées au comptoir, de coups de blues, de coupes bleus dans l’anse des baies : le fleuve Jaune de Tigreville ; George, le regard qui braque encore la mer depuis Varengeville ; Malraux aux portes du Havre ; Duras sombre aux Roches. C’est un film. Et nous, nous tournions un remake en rond.
Ça a marché ; nous sommes rentrés pétris d’amour fraternel et amical glané au coin du feu d’une maison trouvillaise. Les amis ne vieillissent pas. C’est d’ailleurs à cela qu’on les reconnaît. Nous gardons le même âge entre nous, et nous vieillissons discrètement en nous racontant des histoires.
\\\ Playlist Alpine ///
My Number — Foals
In the Twilight — Alexander
In the City — Chromatics
I Want To Hear What You Have Got To Say — The Subways
Octopus — Syd Barrett
Passing By — Zero 7
Broas Daylight — Gabriel Rios
Wayfaring Stranger — 16 Horsepower
DECEMBRE 2012
C'est en écoutant Sparring Partner, dans le silence ouaté de la belle de Browns Lanes, une cigarette qui fusait par la fenêtre que j'ai compris que c'était la fin de l'année. Le 11 décembre. Le ciel limpide et bleu de l'après-midi tombait en lambeaux flamboyants avec le couchant ; la Gare de l'Est était une terre rouge de cendres et d'effusions intérieures et je me suis dit pour la première fois de ma vie que les journées qui allaient rallonger bientôt était aussi pénibles que les nuits qui s'allongent à partir du solstice de juin. Drôle de pensée. La nuit est délectable à souhait ; longue, elle permet de parer à l'angoisse patente de l'aube quand les matins commencent trop tard ; elle nous donne l'occasion d'assister au moment précis du lever mitoyen de l'astre et de soi qui normalement est un raté chronique en été.
En même temps décembre est passé, grâce à son accélération chronique à l'approche des fêtes, tel un neutron moyen catapulté dans l'espace-temps par la magie de la nature.
Les fêtes sont devenues un Mont-Blanc en forme de buche : énormes et indigestes. En prévision, le mois commençait par un séjour dans les montagnes. Un jour, j'amenais le fantôme d'Alec Soth ou d'Eggleston sur le siège passager. L'autre je me demandais ce que pourrait bien photographier d'Agata, si seulement ces arbres étaient des culs, à moins que, tel l'Antéchrist, par son prisme, ça ne soient ces sapins qui finissent en séants.
C'est marrant d'ailleurs parce que j'ai pensé à ces photographes en fonction du matériel dont je disposais, pas par affinité particulière avec la situation. Jadis, je choisissais des appareils pour faire comme. Puis ils sont devenus miens. Ils sont passés de statut de corps-étranger à membre. Bienvenu au club.
Quelquefois, mes images sont trop floues. J'étais fasciné cette décennie par des photographes qui le cultive à bon escient comme Ackerman. Je suis parfois dans le flou parce que je me dis qu'ainsi une photo a plus de chance d'aboutir. C'est bien entendu une illusion. Mais elle se cultive, pour vérifier une hypothèse de jeunesse ; puis le net reprend le dessus à toute vitesse. Et je suis un peu déçu quand, de cette image lisse, rien ne transpire, alors que je tolère la médiocrité dans un flou parce qu'au moins il y a eu quelque chose de tenté, un essai pour prendre le pas sur le réel.
Finalement, c'est peut-être l'idée de faire rentrer au chausse-trappe plus de temps dans une image qui m'intéresse. Ce qui compte c'est de figer l'épaisseur qui cite la troisième dimension de l'image. C'est une manière d'expliciter cette voie intérieure qui ne murmure que du bout des lèvres d'indicibles dialectes communs. Et finalement le bon emploie, c'est quand on ne peut faire autrement. Il devient, ainsi, une conséquence.
En guise de bilan, depuis ce sommet de crème glacée, ce fut la réflexion en avalanche, des résolutions matérielles en somme. Il faut bien en passer par là pour libérer l'esprit et ouvrir la boîte de pandore par fractions de secondes. L'ultime luxe serait de ne plus penser à rien, le bruit deviendrait alors un silence central contenu dans l'obturation, l'instant serait l'arc invisible qui transpercerait les apparences. Autrement dit, il reste quelques pistes à dévaler.
— Chants de Noël —
Ode to Viceroy & Freaking Out the Neighborhood — Mac Demarco
Truth — Alexander
Broad daylight — Gabriel Rios
End of the Season — The Kinks
When The Fight, They Fight — Generationals
I Can Only Give You Everything — Nick Waterhouse
Brand New Revolution — Guts
The Nightfly — Donald Fagen
High — Karl Schiller
La plaie de ton doigt (feat. Mme Douze) — Rubin Steiner
Form Of Intellect — Gang Starr
What Difference Does It Make — Standed Horse
When That Helicopter Comes — Andrew Bird
Long Journey — Allah-Las
Sugar Man — Rodriguez
Doo Doo Doo Doo Doo (Heartbreaker) — The Rolling Stones
Rock Monsieur — Christophe
NOVEMBRE 2012
Pour ne pas trahir la trace de la pensée, laissée couchée entre deux pages de Moleskine, puisque je suis un peu comme tout le monde qui se croit si unique avec ce carnet banal, j'exhume des archives écrite en transatlantique aérienne entre deux eaux. Ledit carnet est plutôt de bonne tenue, il faut le reconnaître. Sobriété, qualité du papier, bon format : je l'avoue, j'en suis. Et ces lignes attestent de mon prétendue rôle d'auteur, à cette heure, perdu :
BO de circonstance, In a Sentimental Mood de Coltrane - le sax est l'avion, le piano les moutons et la batterie la mer, sans doute :
Juste en dessous, comme on regarde le ciel, se pressaient des escadrons entiers de pachydermes vaporeux infiniment destinés à conquérir l'est : mais où donc s'amassent les nuages en transhumance ? La tête en bas, le vol de jour fonctionne lorsque la pâture est bleue marin et les moutons éparses. Les perspectives s'annulent en altitude tandis que les latitudes s'allongent. Parfois la distance joue un tour presque immobile, le dessous prend le dessus, les nuages amphibies deviennent l'écume des vagues.
Si l'on présume que le voyage, c'est le transport du regard hors de son point de vue, la transformation est une raison qui surpasse la réalité d'une interprétation, une vision, une hypothèse du réel augmentée du si.
Les trains de vagues ainsi s'alignent à l'infini, semblent uniformes dans leur ensemble. Ils témoignent d'une désorganisation particulière lorsqu'on les observes de près, isolés de l'immensité. Sous moi ce sont des canevas usuels, des réseaux qui découpent méthodiquement ce chaos. C'est une digne représentation de ce qui paraît être la disposition la plus logique et la plus juste existante autour de nous.
Ensuite j'ai du lire Camus dans son Manifeste du Soir Républicain, jamais publié en ces temps troubles de l'Algérie d'alors mais que Le Monde avait alors exhumé récemment : "Un des bons préceptes d'une philosophie digne de ce nom est de ne jamais se répandre en lamentations inutiles en face d'un état de fait qui ne peut plus être évité."
Je conclurai par cette autre réflexion retrouvée chiffonnée : "Les photographies sont comme de minuscules histoires d'amour. A chaque fois, il faut recommencer au début."
Ca n'a rien à voir. Mais il est préférable de rester ainsi légers tandis que nous n'avons pas encore atterris.
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\\\ Playlist "Brows Lane" ///
Kindness — Gee Up (Erol Alkan Extended Rework)
Art Department — I C U
Breakbot — One Out Of Two (Oliver Remix)
Breakdance BOTY — Sahara 72
Fujiya And Miyagi — Sixteen shades of black & blue
Gian Franco Reverberi — Le Malizie Di Venere Seq. 2
MGMT — Siberian Breaks (Ed Banger All-Stars Remix)
Miami Horror — Make You Mine (Fred Falke Remix)
Piero Umiliani — Officina Stellare
Stevie Wonder — All Day Sucker
Tom Waits — Russian Dance
Crazy P — Open For Service (DJ Edit)
Kraak & Smaak — Fairy Falling
Malinchak — Beside Me (Original Mix)
New Order — Perfect Kiss
The Phenomenal Handclap Band — Give
That Work — Secret Lover
Black Strobe — I'm a Man
Selah Sue — Please (feat. Lo Green)
General Electriks — Little Lady
The Undisputed Truth — Ungena Za Ulimwengu (unite The World)
OCTOBRE 2012
La dernière ligne droite de fin d'année ; un sprint final. C'était en octobre, quand on soupçonne que les fêtes et tout ce qui va avec arriveront tel un bobsleigh lancé à pleine vitesse sur la piste de La Plagne. Comme tout coureur, au fond, je regardais l'horizon avant de m'installer dans les startings blocks. Un œil, rivet de marbre, sur l'infini de l'océan. Ce mois fut un week-end à ne pas bouger et regarder la mer droit dans le vague. Je ne retiens que ces images.
J'ai dans la tête un tour d'Europe que je touche du doigt quand l'eau salée submerge mes souliers vernis imprudents. J'ai toujours eu l'impression que la conductibilité de l'eau reliait elle-même tout le territoire, voir même connectait le continent d'en face. De Cabourg je touche New-York, Montreal et l'Islande. Bizarrement ça marche moins bien avec Rio de Janeiro. L'inconnue n'a pas encore sa carte mentale bien dessinée dans ma tête. Mais cela viendra.
Et puis la frontière n'a plus court face à l'océan. Dès qu'on atteint l'horizon, on touche le suivant. Et si le miroir se renverse l'espace et le temps entre les deux devient une zone impalpable à moins de l'éprouver. Le Vendée-Globe cavale pendant ce temps là, dépasse Bonne Espérance et croise à mille nœuds marins du cap Leeuwin : j'écoute Canyons et Perth raisonne.
Tandis que Dumas devait préparer Suite pour le mois de la photo, les skippers affutaient leurs navires. Aujourd'hui je regarde ces points mathématique sur une représentation finie de ce qui doit paraître l'infini depuis le pont. Courir après l'horizon. Depuis le rivage, on ne regarde que dans une direction. La limite distingue un hémisphère, implique une frontière. Tant de question que je ne résoudrai pas. Comme photographier une vague, on ne peut attraper ces concepts ; c'est seulement quand la lumière les rends évidents qu'on peut prétendre les ressentir. Jamais les comprendre.
Nous les comprenons dans un ensemble dont nous n'avons une sensation, une idée. Et ceci est un prétexte à se camper là tel un mas et scruter. Il faut laisser les choses arriver, repartir, des ensembles de vagues, des paquets de mers en larmes de fond pour un aventurier du parquet.
C'est Deauville et ses lames et au fond, ça tombe bien.
— LA GALERIE DE PHOTO DU MOIS —
-∞- Chant des Sirènes -∞-
Paolo Conte — Sparring Partner
Baxter Dury — The Sun
SEPTEMBRE 2012
La vache! Une rentrée calme comme le Cap Horn en plein hiver austral. J'écris de décembre où mon retard est aussi immense que les occupations successives qui m'ont échouées sur cette plage semblable à une bonus-track cachée, cette fois-ci du côté septentrionale de l'hémisphère.
Je reprends le film en avant. Il remonte la promenade des anglais deux fois à l'envers. En couleur à l'aurore en noir et blanc au couchant. Be kind, rewind. Mais que se passe-t-il si l'on brule un feu en marche arrière?
Les passant filaient flous. Comme les arbres depuis la fenêtre des multiples trains des champs qui traversent la campagne comme une flèche évadée d'une arbalète. Je suis le carquois et je balance des mois successifs à la rencontre de diverses comètes terriennes.
J'écume ces planètes plates comme des zincs pour faire fondre la pression. Ca marche. Que vais-je bien pouvoir faire demain que j'aurai décidé ? Mais n'ai-je pas choisi de lâcher prise et de me laisser faire ?
Je redescends doucement. Un interlude planétaire pour phobiques du caténaire s'annonce.
C'est chouette, je fais ce que je voulais faire ; mais, quel dommage, il y a toujours un décalage entre ce que nous voulions faire et ce que nous voulons faire.
**\\** // Grosse Caisse \\**//**
The Organ — Brother
Sonic Youth — Snare, Girl
Sibylle Baier — Forget About
Golden Boots — Bear Trap
Tarwater — World of Things to Touch & Arkestra
Stealing Sheep — Orelia
Alabama Shakes — I Found You
The Beta Band — Squares
Paolo Conte — Sparring Partner
ETE 2012
Cette première nuit d'été fut infinie. Et tant mieux car à présent, après trente ans, je vieillis. Je ne photographie plus désormais que des personnes plus jeunes que moi qui ne sont plus que des enfants. Je ne fais plus que ce que je sais faire pour tenter de peaufiner la manière ; je balaie les automatismes pour retrouver toute la mise en danger nécessaire au renouveau qui souffle le sable qu'on retrouve déjà en ôtant ses chaussures de retour de la plage.
Nous grandissons, grandir veut dire, en code, bien planqué derrière l'illusion du temps qui passe, vieillir. Et il faut de plus en plus de confiance en soi pour engager le pas nécessaire pour avancer ; mais nous avançons sans entrave, quoi qu'il arrive. Et si nous chutons, c'est que ce que nous sommes seuls à nous prendre les pieds dans le tapis. Il faut être capable de se le dire.
Vivre avec soi, c'est bien là le problème. La seule présence d'une seule et unique conscience oblige à composer. Finalement l'autre nous tient le miroir pour réfléchir sur soi. C'est comme ça que nous reconnaissons les rencontres, sans un mot elles nous dictent l'indicible, elles nous racontent au creux de l'oreille ce que nous ne saurions raconter de nous-même.
Cet été c'était l'expérience des vacances. A deux. Partir, couper. S'arrêter. Nous avions choisis pour l'occasion un périple reposant : du cabotage estival en automobile de qualité. Novices en la matière, l'organisation de dernière minute autour du quinze août ne nous paraissait pas être un obstacle majeur. Après avoir changé trois fois de programme, de destination et référencé toutes les chambres hypothétiquement libres du pays-basques le quinze aoû en une après-midi, nous avons pu tirer plusieurs conclusions :
Les vacances commencent par un processus d'identification. Les vacances c'est l'inanition au sable dans les chaussures sous ultra-violet, regarder son voisin et se rendre compte à quel point nous sommes différents, comme tout le monde, pareils. C'est le moment précis où il devient nécessaire de tirer des conclusions intelligentes : s'observer à travers les autres, n'est-ce pas revenir aux bases de la photographie ? Question posée à l'aurore, évidemment, après une douche fraîche dans la pénombre et dans l'attente d'un breuvage apéritif adéquat. C'est alors que les nuances du soir impeccable que filtre le couchant quand il passe au travers de la fenêtre, entre-ouverte, sont encore plus lices que des ombres au soleil. Le moindre détail s'évapore à petit feu tant la chaleur persiste et traine dans la chambre maintenant sombre. Et la question n'est plus.
Le lendemain, nous prenions la route. Si je devais situer géographiquement ce périple qui tournait presque autour de la mer, ce serait entre le McDo de Guétary et un Relais et Château de Périgueux, une bicoque de Colioure et un chateau à Castet-en-Dorthe. A chaque étape, je l'ai vérifié, les vacances c'est apprendre à ne rien faire. Et comme ne rien faire revient pour moi à écrire, lire, photographier, manger et épiloguer à l'horizontale, les vacances ne changent rien. Les vacances c'est apprendre du temps pour soi.
Tout le long de la route, nous avons vaguement cherché des dunes. Une sorte de paradis perdu qui laisserait ainsi une chance au paradis retrouvé. Et elles sont venues à nous, nous étions alors armés d'une pizza. Bouclier de pacotille pour parer à une invasion dunaire inattendue. Nous l'avons finalement engloutie sur notre trône instable, face aux flots sereins et le phare du Ferret (NDLR : marquer le "è" dans la prononciation) nous faisait de l'œil.
Comme une sorte d'épiphanie au milieu de tout ça, et comme je sortais d'un bain de mer aux Salins, pour aller retrouver mon Leica protégé du sable, roulé dans une serviette étanche au fond d'un sac, le grand-père de Fanny m'a appelé "Capa". Il se trompait un peu, volontairement moqueur. Je me suis séché et mes négatifs sont intacts. Je ne serai jamais photographe au front. Mais l'évidence transpirait par tous mes pores une fois sec au soleil : je ne sais pas encore quel photographe je suis.
Les vacances apprennent aussi une chose précieuse : prendre le temps de tolérer la platitude camarguaise et landaise.
Cela arrive quand nous comprenons l'infini de l'horizon et le perpétuel des vagues. A ce moment précis, alors qu'on ne s'interrogeait au départ que pour une accointance suspecte avec le relief, tout change : il faudra passer son temps à retrouver ses goûts perdus. Envisager cette sensibilité à la raisonnance de ce qui nous entoure non plus comme une sensation mais comme une vibration induite par l'échos de nos questions d'enfant sur le tableau sombre et encore vierge de nos certitudes.
L'incertitude est une source de jouvence.
L'avantage, c'est que nous nous sommes reposés, mais nous n'en sommes pas certains.
\\\ :: Bling-Bling ::///
Beta Frontiers — Hondo (feat. Becky Ninkovic)
Unsung heroes feat. Siah & Karime Kendra —The next degree
Gil Scott-Heron & Jamie xx — I'll Take Care of U
The Black Seeds —Wide Open
Diana Ross and the Supremes — Does Your Mama Know About Me
Electric Light Orchestra — Last train to London
Funky Divas— My Lovin'
Family of the Year — Psyche Or Like Scope
Fever Ray — Seven (RealDaniel Remix)
A Taste of Honey — Boogie Oogie Oogie
Phœbe Jean And The Air Force — Day Is Gone
Little Joy — Keep Me In Mind
Fugazi — Nightshop
Fanga — Natural Juice (feat. Isiah Shaka & Emma Lamadji)
Dr. John — Revolution
The Kingsmen — Louie Louie
The Girlsfriends — My One and Only Jimmy Boy
Malted Milk — Touch You
Léo Ferré — Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Petit Fantôme — Aujourd'hui c'est les vacances
Womack & Womack — Teardrops (Remix)
Ray LaMontagne — You Are the Best Thing
Tarwater — Across the Dial
Stealing Sheep — Shut Eye
Sammy Davis Jr. — Spinning Wheel
Tony Holiday — Tanze Samba mit mir
The Fatback Band — Wicky Wacky
Schiralli — Alive Toughts
Kool & the Gang — Summer
Quincy Jones & Bill Cosby * —Hikky Burr (Kikaid Kinfolk) & l'album entier 'The Orginal Jam Sessions 1969'
Alabama Shakes * — Hold On
Jack White — Love Interruption
Niagara — L'amour à la plage
Para One — When the Night (feat. Jaw)
Prince — When Doves Cry
Greg Street — Good Day (Island remix, feat. Nappy Roots, Beenie Man, Rock City)
(*) Hommage à Roger.
JUIN 2012
Juin c'est la patience exacerbée, où je comprends en regardant des pavillons depuis le train que sa propre technique ne peut pas couvrir tous les cas de figure. La projection du résultat doit-il provoquer un conditionnement dans la préparation ? Au sens où l'on peut penser le rendu de l'image tel un tirage dès le départ. Cela paraîtra idiot à une majorité de confrères qui pensent en aval. Très franchement je n'y avais jamais songé auparavant. J'ai tendance à vainement essayer de tout oublier pour me concentrer
Juin, c'est le temps allongé qui n'accouche pas de l'été tant espéré. C'est le tunnel vers les vacances. Où chacun tente en vain de boucler avant la trêve estivale. Une sorte de grande lessiveuse d'où parfois des fulgurances jaillissent. Les trains, les avions transportent. Les Jaguars aussi. Je veux dire qu'ils rendent léger l'esprit, même si le corps devient l'unique rempart avec des congénères toujours trop présent qui suintent ou verbent sans substance quand on aspire à une contemplation méditative des éléments.
Je n'ai pas rencontré un chaman sur le parvis d'un aéroport sous un parapluie. Je vieillis. C'est certain. Il faut bien trouver des éléments pour s'en assurer. La mort de très loin devient de moins en moins un possible soudain, mais la simple issue d'un tunnel transparent qu'on n'aperçoit pas encore.
Plus légèrement, juin c'est la suite des mois du patrimoine. Versailles seul, de nuit, de jour, les toits du Louvre aussi de bon matin, surplombant la court carrée pour conclure ces aléas chics entamés le mois d'avant.
C'est Ponce qui coupe trois oreilles à des toros sans vice et plus calme que le public nîmois. Une belle rouge dans une trêve d'azur solaire durant deux jours dans le sud. Et puis le gris frôle les flèches de la monumentale gare d'Anvers. Deus ex machina. Voilà. Pour équilibrer le tout, c'est le funk qui tournait sur les platines encore fraîches. J'écris en juillet. J'en bouge encore les genoux. En juin, le funk favorise la génuflexion.
/// Liste de jeu \\\
Girls // Darling
Bosco Del Rey // Glow Go The Bones & Expelled Spelled Expelled
The Sugarhill Gang // Apache
Kwes // Bashfull & Tissues
Joakim // 'Forever Young'
Pram // Loose Threads
Dwayne Sodahberk // Standards
Funky 4+1 // Rapping and Rocking the House & That's the Joint
MAI 2012
Mai commence par une bonne nouvelle. Des vagues de rose avant l'heure. Des voyages embrumés et des réveils dorés. C'est Berlin puis Rome. Des cathédrales de souffrances qui vacillent et basculent en cascades.
Mai encore de la bourlingue en cadencée par des pas de nacre et de stuc, le marbre n'est pas en reste. L'échafaudage d'approche se construit comme une tour carrée, je suis bouleversé quand le miracle se produit, à quatre mètres à quatre mains du doigt de Dieu. On ne se rend pas compte ce qui peut bien infuser en respirant l'air de la Sixtine, l'œil aux cieux, le cœur battant. C'est le poids en âge de la voute qui flotte plus légèrement que l'air. C'est la perspective admirable de se retrouver au centre d'une œuvre.
Le lendemain, Saint-Pierre est seule, je dialogue en silence avec ces amis muets comme le Saint-Sépulcre, Michel-Ange, le Bernin, ils crèchent ici, c'est la lumière qui le dicte. Puis c'est le tumulte, seul à seul avec la Piéta. Plus fort encore que la voute du Maître. Le Saint des Saints de la sculpture. Le marbre n'est plus marbre, la matière s'évanouit. Ce n'est plus que le vide infini des atomes que l'on peut contempler à perte de vue, réfléchis sur ces corps plus vivant que nature, qui leur donnent la dimension nécessaire à l'harmonie. De justesse je succombe et reste figé dans la contemplation la plus immédiate et concentrée. Le dialogue, entre hier et aujourd'hui est simplement physique. Une réaction ordinaire, comme si l'ultime était l'évidence.
Quand les touristes envahissent la place, je sors discrètement et croise le tombeau des papes, coi comme des carpes, drôle de bocal pontifical.
Le silence est nécessaire, bouche bée en arpentant la salle des cartes, le passif du géographe s'émeut, Rome est une fête aussi, et je trinque dans le Trastevere à la santé de mes pairs.
Berlin ou la mythologie de l'inaccessible. Je n'ai jamais pu prendre un avion pour partir. Je quitte Paris en train, à deux, c'est mieux. La ville et calme, le tumulte se brouille dans l'espace. Nous jouons à cache-cache dans la monumentale exposition de Mc Call, échos d'une architecture intérieure qui en dis plus long que l'autre exhibition voisine.Des gardiens jouent les statues contemporaines, rappelant l'attitude romaine des Saints. Je préfère, au demeurant, la compagnie éclairée qui arpente à mon bras Monceau et musées.
Mai est passé comme une carte postale envoyée de là où je ne suis déjà plus. Je ne crois pas que l'on puisse bien photographier ces merveilles romaines. Quand je compare les images, Berlin me paraît plus évident, accessible, géométrique. Il y a des choses qui nous dispense de les photographier. J'ai fait des photos égoïstement, comme un souvenir, comme pour garder la trace indélébile de ce moment unique à mon seul endroit.
Les voyages se muent en conversations silencieuses où le passé est un échos du présent. Je regarde le futur avec attention, nous ne sommes pas à l'abris, je garde les fous qui me servent de barricades.
— L'orchestre sur Cène —
The Beatles // Rocky Racoon
The Black Keys // I Got Mine
Thelma Houston // Jumpin' Jack Flash
Jupiter // Girls Jus Want To Have Fun
Beach House // The Hours
Electric Guest // This Head I Hold
AVRIL 2012
Le ciel gris m'a enfin parlé quant à la toute fin du mois les hirondelles volaient haut au dessus du square Villemin, traçant des courbes et des méandres dans la pluie tendre. Nina Simone glissait sur la platine neuve et lisse. Du vent dans les cheveux face à cet écran, pianotant.
L'été latent prenait son temps. Nous attendions le soleil pour mesurer l'albédo de cette ville humide et glacée, nous attendions des gradins de rayons tandis que le thermomètre dégringolait. Nous ne savions pas encore que le peu de chaleur salvatrice viendrait d'un nouveau président amphibie qui serait bientôt investi.
Avril était assorti au temps. Les questions en cascades tournaient autour de réponses qui ne venaient que pas-à-pas, ponctuant chaque silence entre les tictac du temps qui passe. C'était le tube de dentifrice qui un jour est vide sans que nous ne nous soyons vraiment rendu compte qu'il se vidait.
Je me suis rendu compte que la sensation unique de prendre un avion que j'éprouvais alors à chaque embarquement s'estompait peu à peu. Comme si les couloirs aériens qui survolent les Alpes devenaient habituels. Oui, le Mont-Blanc est à gauche, là, dessous… et alors ?
Quand j'hérite de la place du couloir, je ne plonge plus dans une tristesse infinie assortie d'un torticolis, je pense presque que celui-là prime sur celui du hublot : on peut étaler ses jambes, on sort plus vite à l'arrivée comme je maudis ce privilège confortable. Je finis par regarder au-dessus de l'épaule de mon voisin, me punis de ne pas avoir insisté à l'embarquement et comprends enfin comment naissent les séries inintéressantes en photographie (celles qui priment trop souvent sur celles dignes d'intérêt) : elles émergent dans l'ennui comme carcan d'un certain manque de curiosité qui oblige à contempler le paysage défiler en se donnant de bonnes raisons de ne pas décider, ou en se donnant une chance de pouvoir décider au hasard, sans but, en restant surtout du bon côté de la rambarde. Contempler peut être agir si le regard n'est pas qu'un prétexte.
J'ai toujours mon Leica sur l'épaule mais je fais moins d'images.
Je ne sais pas si je deviens de plus en plus sélectif ou si je consacre mon regard aux commandes qui m'intéressent de moins en moins.
Une campagne c'est pourtant passionnant. Tellement passionnant que Jean-Luc M. m'a demandé de partir dans une verve élevée et explicite. Son "dégage!" impératif était une résistance. Une voix intérieure qui s'adressait en creux à lui et presque en bosse à moi. Je suis resté, il est parti sans heurt.
Je resterai encore un peu à faire des commandes. A ne pas décider de mon sujet et à donner la main à mes commanditaires pour m'envoyer à l'aventure sur des chemins de traverse où je ne peux exprimer un style qui finalement n'a peut-être pas d'autre vérité que l'expression elle-même.
Pour conclure ce furent les castagnettes de Miles qui, clinquantes, appelaient au farniente de dimanche après-midi et à regarder la nuit tomber sur un jardin sans vue depuis un intérieur garni de moquettes marron et de mobilier 60's où la baie vitrée sur laquelle se plaque le reflet du décor devient la ligne d'horizon. C'est une image inattendue qui apparaît puisque aujourd'hui est un samedi comme un dimanche.
En avril, ce n'était pas l'envers, c'était le décalage, juste à côté de ces pompes-là que j'ai enfin rechaussées à l'endroit.
Voilà, mai arriverait, puis juin, puis juillet, un jour l'été. Les choses suivaient leur cours insensé, je veux dire qu'elle n'ont que de sens celui que nous prenons la peine de leur donner.
:::::\\\\Ça Sonne!///:::::
Nina Simone — Mr. Bojangles
Miles Davis — Teo
Battles — Wall Street (Gui Boratto Remix)
Michael Jackson — Get On The Floor
Patti Smith — Changing The Gards
Timber Timbre — Lonesome Hunter
Carolina Chocolate Drops — Why Don't You Do Right?
Meshell Ndegeocello — Crazy and Wild
Bad Cream — Lyrics Born
Paul McCartney & Linda McCartney — Monkberry Moon Delight
Miles Davis — Concierto De Aranjuez (Adagio)
MARS 2012
A l'emporte pièce. Du bout du monde, de part en part, j'ai regardé des soleils horizontaux se coucher. Attendant là le temps des lumières qui ne venait jamais.
J'ai sollicité les astres pour conjurer l'essor et j'ai échoué sur une digue inconnue et frêle, mais malgré les aléas du temps, elle contenait la mer.
La mer morte ne respire plus. Elle s'éteint dans son lit à petit feu. Elle diminue comme le spleen passager qui vient, de bon matin, quand ce regard perce l'horizon plus clair au-delà de la vapeur que détermine la frontière. Le temps est assassin et supprime chaque nouvel unité qui s'amoncelle, comme le sable des dunes d'un désert sans fin et mouvant où les lignes rigides des frontières n'ont pas de sens. Nous cultivons l'homme planté sans terre au sein d'un champs de mine. Il reste deux choix. Se mouvoir ou rester.
Dans le ciel, je comprenais des cicatrices comme des failles d'où jaillissaient des raies de justesse.
C'était dans un avion au dessus de la mer noir, le long des côtes turques, bercé de désillusion. Nous allions découvrir un pays comme on ne le regarde que rarement, en prenant de la hauteur pour redresser toutes les perspectives de lignes de fuite. Cela ne nous a pas empêché de plonger juste à côté. Dans ce que le réel recèle de profond, qui sonne comme un semblant de vérité.
En mars ce sont des averses de larmes qui coulent comme le temps change. Sans savoir tellement pourquoi tout dégringole en flaque, dessinant des rigoles tristes et flasques.
C'est pas marrant les temps gris, ça manque de lumière ou de noir, ça manque d'éclaircie et de profondeur. Au moins quand l'orage gronde, il tonne une note et les éclairs harmonisent.
Photographier c'est figer un monde qui n'existe pas. Qui n'existe plus. Un monde révolu. Ces moments sont à jamais perdus. La photographie permet de nous faire comprendre doucement, comme un chuchotement au creux de l'oreille, que le temps passe et passe encore, sans jamais repasser par un état semblable. A quoi cela sert-il de le constater si ce n'est pour se convaincre que l'issue est certaine? Sans doute à conjurer le mensonge véritable qu'elle comporte. Le monde change si vite que nous ne pouvons en être les témoins.
— LA GALERIE DES IMAGES DES MARS —
//// Roulement de tambour \\\\
Tailer Trash Tracys — You Wish You Were Red
Justice — On'n'On (Ruined By Rick Rubin)
Virgo Four — It's a Crime
DJ Le Roi — I Get Deep
Culture Club — Do You Really Want to Hurt Me
The Black Keys — Sister
Wings — Let 'Em In
Etta James — I'd Rather Go Blind
Thelonious Monk — 'Round About Midnight
FEVRIER 2012
En février j'ai fréquenté assidûment un studio approprié assorti à mes envies que j'aurai souhaité plus sereines. Des grands espaces raisonne la volonté de laisser filer. La presse imprime les entre-filets imbéciles à l'approche du non-événement qui symbolise l'échéance, jusqu'à la prochaine, à bout de souffle, à bout de nerfs, là où la continuité se discute, là où la simplicité se dispute.
J'ai cherché. Nous sommes partis dans les Alpes à l'assaut des pistes arides hivernales. Nous avons contempler la neige immaculée s'agglutiner sous nos raquettes en plastiques. Les jambes flagellent et hélas, tiquent. Cela craque et l'atmosphère calfeutrée d'un studio de qualité n'a pas suffit. Nous avons décidés de partir. A la renverse, à l'imprévu. En février je m'installe en montant des œuvres au noir infinies.
J'ai visité l'invisible en trichant sur des pensées troublées sur gages, engageant la survie de troubles indicibles pour courir un risque. A pas de loup j'ai chassé le doute. Des volutes sectaires m'ont entretenues.
Il y avait les bras de mers insondables rejoints en lambeaux par des courants d'errance qui me poursuivaient. Nous étions là, debout, à la croisée des courants, droit comme un if planté dans le sable qui lutte contre les vents, les marées démarrant à la cantonade du norrois qui n'a pas de sens, contrairement aux apparences. Je suis resté courbé pour conclure et passer outre l'échine, raturer les esses dans les dunes improvisées qui barraient mon cri à l'endroit des éléments.
Il n'y avait pas de terre et pas de mer, les éléments nous rappelaient ce que nous sommes, les deux pieds dans le sable, le nez flairant au vent.
J'ai vu s'amonceler de vagues tas de vents ensevelis par des ménages hasardeux qui balayaient plus sévèrement l'horizon que des pas de côté.
En février j'aurais aimé composer. J'en suis bien incapable au regard de ce que nous sommes quand nous nous regardons bien en face, droit dans l'axe de la mer qui descend ; qui découvre.
— Les photographies du mois —
\\\ Bling Bling ///
Johnny Cash — The Man Comes Around
Wings — Let 'Em In
Hi-Gloss — You'll Never Know
Iggy Pop — China Girl
Bosco Del Rey — Get Outta Dodge
Tristesse Contemporaine — I Didn't Know
Charles Bradley & Menahan Street Band — I Believe In Your Love
Etta James — I'd Rather Go Blind
Bosco Del Rey — Insta Love
JANVIER 2012
Ce 2 janvier il faisait un temps marin à Paris. Je regardais les vagues de nuages parvenus de l'ouest s'assagir et laisser place à l'azur dégagé par les vents d'occident d'un hiver qui sentait le printemps. Ce promontoire de la Rive Gauche balançait entre le silence et les bourrasques qui s'engouffraient dans l'allée, droit au sud, mêlant ce va-et-vient las avec les croassements des corbeaux, les échos de la ville et d'enfants qui supportaient la fin des vacances d'hiver.
Le transat de la terrasse me rappelait cette image d'Elliot Erwitt où deux touristes anglais à Cannes ou à Nice sont comme expulsés de leurs assises entre deux images. Le ton pastel du dossier était sans doute normand, les couleurs délavées du tissu me parlaient, j'entendais Marguerite comme on attend la mer qui ne viendra jamais, elle présidait à l'impératif du voyage.
En janvier j'aurai pu tenir un magasin de souvenirs avec le stock que libère un déménagement consenti.
Ce qui est mort ne vieillit plus. Tout est resté figé là dans ces tiroirs où l'on laisse le temps s'arrêter délibérément. Il s'agglutine, se concrétise, devient des strates, des plaques stockées dans des cartons à fond rugueux. Ces plaques insolentes se révèlent à la lumière qui les libère de leur silence inconscient. Nous compilons en vieillissant essentiellement l'imaginaire de ce qui serait si… Ces aspérités sont des carrefours que nous fléchons contextuellement. J'ai choisi la direction de l'introspection. Sans détourner mes yeux, j'ai regardé des avions atterrir sur le toit d'en face plus tranquillement que dans une pub Air France, dans un ciel plus bleu et plus haut qu'un fond imaginé. Ces avions sans fumée dans un ciel azuré n'avaient de limite que le cadre factice d'une fenêtre sur l'infini. En me penchant, par dessus le garde corps j'ai remarqué que la piste était une peau qui reflétait ce toi.
Des avions madrilènes joignaient les deux bouts. Debout devant ma fenêtre je projetais d'atterrir en douceur. Quelques allers-retours ne changeraient rien. Je trouvais que le temps passait doucement ici. Où que je sois.
Emménager demande certaines qualifications, notamment celle d'équilibriste en terrain inné, ainsi qu'une force de mutation apte à sauvegarder le principal, le présent. Il s'agit de semer des petites pièces de soi pour accaparer la suite. En janvier j'ai planté des graines qui hiberneront, puis pousseront bientôt bien plus haut que moi. Quand je ne vieillirai plus non plus. Quand nous aurons amortis la chute des âges sur le tapis de souvenirs que l'on prête dès lors à l'avenir.
— LA GALERIE DU MOIS —
///// Coups de semonce \\\\\
Youth Lagoon - 17
Devendra Banhart - Carmensita
Pixies - Hey
Prince - When Doves Cry
The Gun Club - Lucky Jim
DECEMBRE 2011
En décembre les gouttes de pluie se transforment en lames de rasoir acérées. Elles sont sensibles juste sous les yeux. Les cernes peuvent être lourdes, mais la peau tendue par la bise qui fend Sebastopol est si fine que chaque impact s’immisce sous le derme. Une larme de vent s’évapore. Le vent coule depuis les yeux. Comme il est bien souvent matériel, si le chagrin devient du vent, cette métaphore ne parle plus que de sublimation.
En décembre Sebastopol est un rail qui relie deux rives. Noir de monde, gris de pluie, la nuit les feux déroulent le bitume synchrone. En journée, jamais le soleil n’éblouit, bas et filtré par l’hiver aveugle, jamais nous ne dépassons notre ombre, nous remontons vers le nord. La Gare de l’Est est un phare. Le tumulte du trafic est une régate en dériveur. Je joins les deux bouts dedans quand la nuit gronde dehors.
La lumière qui baisse est la bande son du mois. Comme un long fade-out vers des fêtes inutiles : je n’ai pas besoin de fabriquer d’amour en toc.
Décembre est la résultante d’une année chargée, il est le temps des bilans. Comme il sera le temps de ne pas se résoudre à des résolution déjà dépassées en janvier. Tout est en ordre et le cycle qui surpasse le grégorien n’est que l’échos des événements passés.
Des cathédrales entières se sont effondrées, laissant apparaître le sol à nu, des arbres déracinés dans un tumulte immobile. Les racines étaient sous nos pieds. Mes pieds nus sentaient la terre, les mouvements ne s’opéraient plus que par la pensée. Nul besoin de dépenser des watts inutiles pour trouver le confort cotonneux originel. Si le sol se défile je resterai là, pendu par le fil intérieur de la pensée au dessus de toutes ces abîmes infinies sans gravité.
Vous êtes sur la photo comme je disparais. Je suis le sujet invisible et je ne saurai jamais ce que vous pressentais. Vous êtes invisible et je garde le secret de ces images car je ne saurais pas en parler. J’emploie le pluriel singulièrement pour m’adresser aux instances qui préside à chacun de mes gestes.
Comment vous le dire? Pour vivre avec les autres il faut d’abord être bien avec soi. Je n’ose le prétendre pour justifier quoi que ce soit. L’équilibre apaise, c’est un bel indice. Je suis comme ce fil, d’aplomb. Cabossé et droit dans mes bottes de sept lieux, je regarde cet édifice qui n’existe pas, qui n’existera jamais. Il est le temps, le vent, le soleil et les embruns, tout ce qui ne se matérialise pas en un instant. Je pourrais dire “ça a été”. D’un ton juste, je préfère écrire : cela sera.
///Les douze coups de minuit\\\
John Lennon — Mother
Alain Bashung — Noir De Monde
Wovenhand — Cripplegate (Standing On Glass)
Dexter Gordon — I Guess I’ll Hang My Tears Out To Dry
Vismets — Normal Life
Gorillaz — To Binge (feat. Little Dragon)
Baxter Dury — Claire
Pavement — Shady Lane
Ike & Tina Turner — Workin’Together
Jon Spencer Blues Explosion — Do You Wanna Get Heavy?
White Label — I Don’t Know
John Lennon — God
NOVEMBRE 2011
En novembre j'ai rencontré des sosies d'inconnus qui ne m'ont pas donnés de grands signes de reconnaissance. Alors transparent, je me suis mis, en avançant, en prenant mon inspiration, à toucher le présent. Enfin.
C'est arrivé avec le mois.
Le premier ciel de novembre s'est gonflé. Doucement, jusqu'à qu'il touche terre. Les gouttes tendues circulaient de haut en bas. Il faisait si sombre que la nuit tombait en plein jour.
La brume habillait d'un flair les lampadaires. Un truc épais mais respirable et léger. Cet air visible, je l'absorbais en volutes.
C'était pareil dans le train ce matin, comme le ciel était bas, les couleurs disparaissent et ne restaient que les traits. Ils trainaient l'arasante structure de la caracasse, un monochrome sidérant. Il convenait parfaitement au déplacement et présidait à l'ambivalence d'un jour qui se levait ou qui se couchait.
C'était le décor, le temps ne compte plus.
La nuit nous appartient définitivement. Nous profitons de nos journées. Je trouve même des réponses pour plus tard. Des réponses à des questions que je ne me posais pas encore. Ou bien à des questions que je n'osais pas, alors, me poser.
La nuit dément le jour. La décroissance lumineuse rituelle à l'automne, le sombre qui se fond dans l'obscur, la ville qui étincelle... c'est une constellation qui nait à la vitesse de la lumière.
J'ai vu la nuit. Et quand tout fut en place, je t'ai enfin attendu du bout des lèvres, comme on attend le silence dans le tumulte de la ville.
Et puis il y a eu enfin cet été indien et des trucs incroyables comme des coups de klaxons aux feux verts. Une lumière totale, vaporisée, qui s'immisce dans chaque interstice.
En novembre, j'ai passé le cap. Est-ce ma trente et unième année commençant ? Etait-ce un mois avant ? Etait-ce la somme des hasards successifs et lointains qui m'avaient posés là? Finalement c'est peut-être le présent cet étrange brouillard qui m'entoure et qui dessine des formes sans jamais nous les montrer que lorsqu'elles adviennent. Je m'ancre, il bouge, je danse. Dans ce flou se détaille une à une des évidences insoupçonnées.
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Holly Golightly — There Is An End
Bobby Reed — Time Is Right For Love
Girma Beyene — Ene Negn Bay Manesh
Litz by Nikolai Lugansky — La Campanella & Etude N° 10 in F Minor
The Troggs — With A Girl Like You
The Box Tops — The Letter
Archie Bronson Outfit — Rituals
John Coltrane & Duke Ellington — In A Sentimental Mood
Al Stewart — Year Of The Cat
The Beatles — Girl
Serge Gainsbourg — Cha cha cha du Loup
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OCTOBRE 2011
C'est un mois sans équinoxe. Un mois sans solstice, sans saison, sans fête. Un mois sans calendes susceptibles d'attester que le temps passe. Et comme l'on ferme les yeux pour s'endormir, octobre est passé. Ai-je rêvé ?
Dans l'ordre des choses, j'ai d'abord pansé. Les manches courtes, le t-shirts, l'été qui dérivait, ça n'a pas duré. Une plaie béante et des embruns salés sur la grève, j'ai renoncé à attendre ce qui arrive toujours seul. J'ai voulu tromper la nuit en traversant des nuées ardentes de reproches édulcorés, j'ai renoncé à attendre des vagues immuables et uniques, j'ai voulu me mentir comme on se chuchote des secrets à l'oreille.
Octobre est une nuit d'insomnie. Une nuit que l'on passe à compter les barrières plutôt que les moutons de ouate confortables, plutôt que de compter simplement sur soi.
Parfois j'ai cru voir l'ombre dorée de la lune au zénith se projeter sur le plafond, c'était à la moitié presque pile de mois-là. J'ai rêvé que j'étais un somnambule marchant sur un fil d'Ariane en plein Labyrinthe. J'ai rêvé d'une escale pour trouver le sens de ces vents béants qui soufflent sans obstacles et souffrent de liberté. J'ai rêvé que j'étais le boxeur de Barrico dans City, il me manquait un western pour compléter le tableau. Je tire plus vite que mon ombre, mais je n'avais pas de compte à régler. Il aurait fallu se flinguer dans le miroir, d'un coup, le matin, bam! son amour-propre en guise de munition. Coup de semonce, je manque de cartouche de rechange.
Je me souviens très bien de ce matin calme et frais comme un tableau dans le même miroir de la salle de bain. Je me souviens de ce rideau de pluie glacial qui a balayé définitivement l'été à l'heure du déjeuner. Les jolies matinées seraient désormais des promesses de printemps. C'était l'invention de l'automne en direct, le grand plongeon vers l'hiver, le frima lancinant qui parcoure les cimes comme un frisson et achève délicatement les dernières parures déjà dorées.
Octobre est une nuit éveillée qui succède à des jours sans lune. C'est l'horizon qui bascule. Vu d'ici, debout sur le perron d'une jetée fantastique qui domine une vague mère qui moutonne, la revanche de cette nuit sera ces anglaises qui frisent imperceptiblement sur mes tempes. Haletant, immobile, je sens mon cœur battre dedans.
S'il avait fallu raconter des histoires à dormir debout en octobre, j'aurai pu m'en sortir. Je suis resté debout, les yeux ouverts, face au vent, c'est tout, c'est déjà beaucoup.
Je devine la luxuriance tiède des feuilles rousses à l'horizon. Je tiens dans mes mains des scories encore tièdes qui pendent du cœur de nos nuits. Des mots me brulent les lèvres. J'articule sans un son. A moins que ce ne soit cet océan de pensée qui couvre les clapotis de ma langue qui claque.
Clap Clap
The Kills — Future Start Slow
Friends — I'm His Girl
The Beatles — Savoy Trufle
Hanni El Khatib — Dead Wrong
Patrice Rushen — Haven't You Heard
80 Kidz — Frankie
Gotye — Somebody That I Used to Know (feat. Kimbra)
Roisin Murphy — Dear Miami
Cults — You know What I Mean
Rover — Birds
Feist — Caught a Long Wind
Dean & Britta — Moonshot
Feist — Anti-Pioneer
The Kills — The Last Goodbye
Sergio Fiorentino — Suite Bergamasque : III. Clair de Lune, Debussy
Goldstone Anthony, Holmes Ralph, Welsh Moray — Trio en Mi Bemol op. 100, Schubert
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SEPTEMBRE 2011
C'est ici que commence mon mois de septembre et ce qui ressemble à la chute précipitée de la fin de l'été. C'est l'aéroport d'Istanbul. Je me suis lancé dans une tentative de documentation assidue des clients du fooding d'aéroport. Il est six heure du matin. J'ai choisi la meilleure place de la terrasse du Burger King. Tout est beau. Tout est juste. Tout est bon. Tout en toc. Nulle part l'heure ne s'affiche dans cette salle. Il pourrait être toutes les heures du jour et de la nuit. Le burger ne s'arrête jamais. La clim tempère l'été. Les néons remplacent le ciel en blanc. Pureté immaculée, lumière trop forte, chacun parvient pourtant fortuitement à recréer une part d'intimité qui n'existe pas.
Septembre s'annonçait anonyme et normal. Et puis ce que l'on nomme la rentrée est arrivée pressée. Et puis l'été a enfin percé une fois l'équinoxe dépassé.
Ce soir j'ai senti comme la rentrée était déjà là. Demain je travaillais sur ce sujet là pour Libération, mais ce n'était pas de ça qu'il s'agissait. C'était avant la rentrée des classes. Celle de notre enfance dans la lumière et les effluves de septembre, celle des cartables trop lourds et de la vie qui n'est pas encore trop courte. Les culottes ne le sont, évidemment, plus pour bien longtemps.
Je roulais sur mon Vespa. La nuit était déjà fraîche. Depuis chez Samuel je n'avais posé qu'une seule fois le pied par terre à Port Royal. Nous avions écouté de la musique sur sa platine vinyle et ses enceintes de qualité. C'est le même effet à chaque fois que j'ai l'occasion d'écouter à nouveau l'objet vibrant, le sillon magique, la spirale à l'envers. Tout tourbillonne. La musique devient sensible et palpable.
Nous avons parlé comme le temps passe. Comme une barque sur l'onde au beau milieu des flots. Quand la rive disparait et que l'on peut filer doucement au creux. Les vagues n'avaient pas pieds là où nous nagions. Chaque pas était une empreinte délébile sur le socle des statues de pailles à nos effigies. En écoutant les histoires que me racontait Sam, je me recroquevillais dans mon siège comme un môme qui ne veut pas rentrer le lendemain et ne veut pas dormir pour voir venir le moment du réveil éveillé.
Le dernier cognac avalé je filais, la cloche allait bientôt sonner.
En septembre, je le dis, nous sommes seuls.
C'est Yvan qui me l'a soufflé. Je suis rentré en sentant le poids de mes pas à chaque emprunte débile que je laissais sans trace sur le bitume qui titubait. Avez-vous déjà senti le poids de votre corps à l'endroit précis où il entre en contact avec le sol ? Ce n'est que le sol qui vous rappelle la masse de gravité de votre être, par capillarité, par contact. Dans la lumière d'automne qui baisse à vue d'œil, nous ne sommes que ce que nous sommes, l'ombre de nous même sous le soleil de l'autre.
— LES IMAGES DE SEPTEMBRE 2011 —
A la baguette
I Break Horses — Cancer
House of Wolves — 50's
The Raveonettes — War In Heaven & Apparitions
Sibylle Baier —Tonight
Marc Ronson & The Business Intl. —Bang Bang Bang & Somebody To Love Me
The Rapture — In The Grace Of Your Love
Herman Dune — Where Is The Man
John Fitch And Associates — Romantic Attitude
Rowland S. Howard — Shut Me Down
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ETE 2011
Cet été j'aurais dû écrire pour Marguerite depuis une plage du nord. Et puis finalement ni le nord ni la mer ne sont venus jusqu'ici.
J'ai pourtant bien quitté Paris et la mer m'a d'ailleurs manqué. Cet été fut en forme de cabotage estival en direction des racines et de quelques branches pour se raccrocher. J'ai retrouvé Poble Nou, de vieux amis et puis l'Angleterre. J'ai pris le temps de partir et le temps de revenir. Peut-être simplement pour que le mouvement existe, et faire en sorte que le réel ressemble au dedans, en simulant la marée montante qui allait recouvrir ces traces.
Cet été a commencé par le trajet Arles/Londres, grand écart en un déclic, comme une flèche pour retrouver le sens de la cible. Toucher. Toucher au cœur c'est mieux. Et puis… et puis le vide. Le vide du ciel plein de nuage et le vide de Paris, fermé pour cause de congés depuis le 15 août.
Nous nous comprenons Paris et moi. Comme si c'était de sa faute, comme un alibi, je me ferme un peu, le 15 août, moi aussi. Je réalise lorsque c'est l'anniversaire de ma mère le 18 août que cette date est passée. Comme s'il fallait une marque récurrente sur le fil invisible du temps pour se rappeler que les années passent encore, ici, sur Terre.
Cet été il y a eu de longues périodes introspectives de lecture à voix haute. Dans mon appartement, seul, j'ai faillit frapper à ma porte pour partir de chez moi et c'est le bruit de tes pas dans l'escalier qui m'a rattrapé. Des talons qui claquent quatre à quatre dont le son sans rythme raisonne encore. Le temps passe plus doucement quand on court. C'est pourtant au ralentit que nous avons enfin des chances d'attraper l'infime bonheur, juste avant de le reconnaître au bruit qu'il aurait fait s'il nous avait échappé.
Cet été, ce bel été à en rêver de Pavese, j'ai fumé beaucoup de cigarette à ma fenêtre dans le silence de la nuit olympienne et démocratique des chats gris d'ici et des tigres de Libye. Seul contre le montant, je me demandais juste après le couchant combien pouvions-nous être dans l'intimité d'un entrebâillement sans tain, à regarder la nuit à travers des volutes, sans nous apercevoir que la terre tourne tant tout est calme.
Depuis ma cigarette je regardais la nuit se fondre dans le décors : du bord des lèvres, mon regard hagard se perdais dans le mirage des vapeurs. La musique était adéquate. Les lampadaires vibraient et ma cendre tombait sans gravité sur le palier. C'était le seuil de la nuit, et plus le temps passait et plus les pensées s'enfonçaient en apesanteur dans cette noirceur sous-céleste. L'enveloppe du soir d'été c'est le frisson du temps qui passe. Depuis l'échine, courait sur le cœur jusqu'au jardin secret d'un paradis bien planqué. A bien y regarder, on dirait que c'était de vagues fumées sans feu qui traversaient l'esprit. A force de nous convaincre que nous voyons nous regardons passer le temps.
Juste avant d'écrire ceci, je sillonnais la ville de nuit à la recherche du néant à qui le noir va si bien. Je coupais le moteur en entrant dans la ruelle, je ne voulais pas réveiller au dehors les âmes de ceux qui dorment sans bruits tant la ville les absorbent.
Nous revenons à Paris le 15 août. Si peu de de circulations cette nuit que j'ai cru que la ville ne se réveillerait jamais. Comme si les habitants s'étaient figés à l'étranger. Comme si l'air avait aspirer ceux qui le respire, ceux qui soufflent et tempêtent à longueur d'année en trombe. La lune n'était pas couchée. Il y a trois ans, je me souviens, elle était pleine. Je n'ai pas appelé ma mère aujourd'hui. Nous n'avions pas besoin de nous dire les choses pour penser, cet anniversaire, je me le rappelais.
J'avais cru devenir adulte définitivement ce jour là, le jour où je perdais mon père, mais maintenant j'en suis certain, beaucoup de sentiments surpassent la mort quand il s'agit d'effrayer l'enfant qui sommeil en nous pour qu'il se cache à tout jamais.
Nous sommes enfin retombés sur nos pas. Sur nos empreintes dans le sable qui attendent la marée quand nous avons le dos tourné.
Cet été, je n'ai surtout pas pris de vacances. C'était une chance de saisir cette ultime victoire : travailler à ne rien faire.
Tsing-Boom
Crystal Castles — Pap Smear
Lana Del Rey — Video Games
When Saints Go Machine — Kelly
Yacht—Tripped and Fell In Love & Paradise Engineering
The Horrors — Changing the Rain
Jenny Wilson — Let My Shoes Lead Me Forward
Future Islands — Long Flight
Ludwig van Beethoven, Alban Berg Quartet — String Quartet No. 16 in F Major, Op. 135: III.
Bon Iver — Holocene
Dirty Beaches — Sweet 17 & A Hundred HIghways
Breakbot — Fantasy
Lykke Li — Tonight
La Femme — Sur la Planche
Koudlam — Sunny Day
New Order — The Perfect Kiss
/// — \\\
JUIN 2011
"Le soleil se lève aussi", Hemingway voulait sans doute dire qu'il le voyait plus souvent sombrer qu'apparaître, trop gris de bon matin pour se souvenir de l'aurore juste après une nuit blanche claire.
Je ne sais plus si ça m'est apparu place de la République, en face de Cannes ou bien en regardant les corridas de Pampelune au Tambourin arlésien. En tout cas c'est arrivé.
Pourquoi parler d'un fait naturel pour titrer un roman emprunt de la civilité la plus basique ? Sans doute parce que c'est bien cet élément qui nous donne encore une indication sur la direction du monde qui tourne autour de nous quand tourne la tête et les verres qui vont avec.
Mon dernier couchant c'était dans le sud. Un ciel rose et le vert des pins qui lui allait si bien. Je le regardais depuis la terrasse. Au premier plan, le perron. Puis la mer au bout d'une allée sans distance, Majesté logique sur un trône liquide. Les yacht au bout ne sont que des mouches et l'annexe, le coche. L'horizon aurait put être Indien. Comme tout autour était juste, on pouvait en déduire que la mer n'était que l'écran propice au délibération du vague de l'âme version drive in. Une projection, direct en toile de fond. Et le mistral balayait ce que la mer n'avait pas lavé.
Les silhouettes remontent de la mer au crépuscule, tournant le dos au soleil pour aller se coucher face à l'aurore. J'ai vu des corps se transformer en esprit avant même d'avoir passé le tourniquet, vibrant du manque de clarté. On peut aussi s'apercevoir changer. Je veux dire qu'on peut observer de prêt la phase de changement. Je ne parle pas d'un avant et d'un après, mais le pendant d'une décision.
J'ai vécu un matin l'extinction des lampadaires comme un immense courant d'air. Alors que le ciel s'éclaire, la ville s'éteint. Ça m'a fait un drôle d'effet. Sous les coups de soleil de juin, j'hallucinais. Nous étions des mirages tremblant prêt à s'évanouir sur la piste et rejoindre les vapeurs des limbes comme si l'on nous murmurait "je viens d'où je fuis".
J'ai tout oublié. En claquant la portière de la berline sur le perron, toute la mélancolie qui était restée à la porte nous a enveloppée. Il a fallu partir. Juin n'est qu'un départ.
C'est par ma terre que j'ai d'abord tenté la belle. Une sorte de rempotage avec taille de racines. Pour luter contre la gravité, j'ai tenté l'aérien. Des rails fixés en l'air. Des lignes courbes en rond et sans freins pour poursuivre leur course vers la fin. Vol à vue. Désorientation passagère, jour blanc, face contre terre, le miroir. Du calcaire dans les yeux, la pureté de l'eau qui coule sous les ponts est à revoir. J'essaie à rebours. Echec mat, papier glacé pour compenser.
Convalescent, je rêve d'un long voyage en train sans destination. La nuit, seul moment où les deux hémisphères du paysage se valent, serait le moment d'écrire. Longtemps. Pour avoir une chance de coucher dans le carnet un truc important. Le jour pour la lecture, et pour projeter dans le décor qui défile toutes les pensées nées de l'obscurité qui veillent sur le silence intérieur, seule garantie de l'intérêt de s'écouter.
Au delà d'une logorrhée complexe et hasardeuse, en juin je me suis promené du côté des anglais en évitant la manche soigneusement. La fuite comme provenance. Volte face estival, reprendre les bases. La lune, au fond de la lunette nous contemple de plus prêt. Ce n'est pas l'homme qui regarde. Ce n'est pas le ciel qu'il scrute. Nous feignons d'ignorer du coin de l'œil ce vide aérien qui nous ressemble vaguement.
— ALBUM JUIN 2011 —
3-2-1—DJ
The Strokes — Machu Picchu
Dengue Fever — Sister In Radio
Girls — Oh So Protective One
Rhum For Pauline — Walker's Lament
B.Alone — Time Is Love
Zaza Fournier — Vodka Fraise
Camille Yarbrough — Take Yo'Praise
LCD Soundsystem — All My Friends
Debbie Jacobs — Don't You Want My Love
James Hunter — Carina
(Please) Don't Blame Mexico — The Protocol
Elysian Fields — Sleepover
Bibio — Take Off Your Shirt
Oscar Brown Jr. — Brother Where Are You ?
UNE SEMAINE EN COULISSES
Il y a 10 ans, je choisissais la Mode côté backstage pour mon premier reportage, rentrant fissa dans la chambre noire pour proposer mes premières images aux magazines durant l'été 2001. Je me souviens encore du passage des Fouga Magister de la patrouille de France le matin "off" 14 juillet, ils raisonnèrent longtemps dans ce grand appartement trop vide pour moi tout seul, de la rue Campagne Première. Une semaine épuisante puisque je n'avais rien de bien incroyable à montrer.
Certaines images ont durées jusqu'à aujourd'hui. Trop peu, mais déjà assez. Le bel anniversaire c'est surtout Libération qui me l'a offert : une quotidienne puis 6 pages de Mag et la couv. Sans fanfares certes, mais alors, quel bel anniversaire!











































